Les Vampires

« Cette nuit, j’ai senti quelqu’un accroupi sur moi, et qui, sa bouche sur la mienne, buvait ma vie entre mes lèvres »

Guy de Maupassant, Le Horla

 

Introduction :

 

Dans cette rubrique consacrée à l’étrange et aux mythes divers et variés, je vais vous parler aujourd’hui de ces adorables créatures que sont les Vampires… A vos crucifix, ça va saigner!

Sortis tout droit du terreau populaire et religieux, les Vampires sèment la terreur depuis l’antiquité dans notre imaginaire collectif.

Ils ont su, avec le temps et sous différentes formes, conquérir les coeurs et la culture.

De la littérature (d’Homère,Bram Stocker, Anne Rice…) au grand écran, qui diffusa un nombre incalculable de films en rapport, plus ou moins direct, avec ces suceurs de sang démoniaques.

Des classiques NosferatuDracula, aux séries B les plus minables, des dessins animés au porno, le Vampire a été catapulté au rang d’icône de l’épouvante mondiale.

Il serait cependant dommage de réduire ce mythe au cliché du type blaffard et gomminé, enrubanné dans un costume d’opérette avec cape doublée satin; et qui attend la nuit pour aller tourmenter ses pauvres victimes…Non! C’est un peu plus fin que ça…

Les vampire, ne l’oublions pas, sont aussi des êtres tourmentés, condamnés à errer pour l’éternité entre deux mondes suite à leurs péchés.

Ces êtres « Non morts », sont souvent partagés entre le bien et le mal; on les représente, dans l’idéal Gothique, comme des beautés froides (souvent féminines…), aussi sexy qu’assexuées.

Dans d’autres cas (Moyen Age), les vampires ont l’apparence de cadavres repoussants et déshumanisés…

Voilà pour la présentation, nous allons pouvoir maintenant explorer, toutes dents dehors, l’Histoire des Vampires et leurs différentes représentations…Bon courage!

Listen to them… Children of the night!

 

Aux sources d’un mythe :

Les Vampires, vous l’aurez compris, étaient là bien avant Dracula; oeuvre culte, parmis les plus lues au monde (avec la bible…).

Certains prétendent que ces manifestations ont été représentées dés la préhistoire dans certaines peintures rupestres.Pour l’heure, nous n’irons pas plus loin que l’antiquité.

En Grèce antique, on disait que le royaume d’Hadès (Dieu des enfers) était peuplé d’ombres qui s’abreuvaient de sang.Circé, une magicienne puissante et malfaisante de la mythologie, tenta sur son île de changer Ulysse en pourceau (animal « impure » que l’on apparente parfois au vampire).

Sous la Rome antique, on évoque souvent Lamia, reine des succubes.C’est une goule (être malfaisant, nécrofage et mort-vivant), qui terrorise les enfants et dévore les foetus.

Mais, l’incarnation primitive du mythe la plus intéressante reste Lilith (« Lilitû » chez les Sumériens).

Dans la Kabbale, elle est la première compagne d’Adam avant Eve, c’est la première femme.Au départ, elle est son égale, faite d’argile, comme lui.C’est en invoquant le nom du seigneur qu’elle devint une créature ailée et fut chassée d’Eden.Elle refusait d’être soumise à Adam pendant l’acte sexuel (risque de semence non fertile), ce qui la catapulta bien plus tard en symbole féministe.Elle fut maudite par Dieu, qui la condamna à voir mourir ses enfants à la naissance.

« Les chats sauvages rencontrent les hyènes, et les satyres s’y appeleront. Là aussi se tapira Lilith pour y trouver le calme. »

Esaïe, Chap.XXXIV verset 14

Désespérée, elle se suicida (acte sacrilège), et, damnée pour de bon, elle devint un démon de la fécondité et du sexe.Elle épousa le démon, ange de la mort, Samaël, qui devint Adam-Bélial.Lilith, créature démmoniaque, est le symbole de la séduction (visage de femme et cheveux longs délicats) et de l’envoutement.

On l’assimile aussi aux succubes (terme très récurent au Moyen-Age), parce qu’elle séduit ses victimes pendant leur sommeil(rêves érotiques), pour s’abreuver de leur sang et et se repètre de leur sperme.Elle est rendue féconde par les masturbations, et pousse les femmes à l’autoérotisme.

On l’accuse aussi de tuer les enfants en gestation, et on prétend, dans la culture Judaïque, que les garçons risquent d’être tués par elle jusqu’à la circsoncision.On retrouve cet être malfaisant dans le Talmud de Babylone et dans la plupart des versions de la Bible, où elle prend les traits du serpent tentateur et de la putain de Babylone.

Il y’a aussi, dans la liturgie Chrétienne, un thème indiscociable du vampirisme quelqu’il soit : le sang.

Lors de la transsubstantiation, il y a absorption symbolique du corps et du sang du Christ par le biais du pain et du vin.Dans ce cas précis, le sang symbolisé à une valeur régénérescente, il est pur.Il est aussi dit que le Diable s’empare de l’âme des pécheurs en les vidant de leur sang.

« Buvez, car ceci est mon sang. »

Jésus Christ

Mais, de nouvelles variantes sur la valeur du sang (thème « Tabou ») vont voir le jour avec le schisme Chrétien d’orient (1054).

Les pays Orthodoxes d’Europe de l’Est, déjà sensibilisés aux légendes et superstitions concernant les Vampires, considèrent l’absorption du sang comme une damnation.

La peur du diable, au Moyen-Age est de nouveau au goût du jour.

La menace Ottomane (en particulier à l’Est), et les épidémies de peste permirent à l’église de renforcer son emprise :

  • La peur de la Damnation devait être plus grande, il fallait par tous les moyens trouver et erradiquer les Hérétiques.
  • La notion de « Purgatoire », lieu d’errance éternelle entre la vie et la mort pour les damnés, vint s’ajouter à celle d ‘ « Enfer » et de « Paradis ».
  • La peur de la mort va être remplacée par celle de la « mal mort ».

La mauvaise mort peut être induite de différente manière :

  • Le suicide, sacrilège provoqué par le renoncement volontaire à la bonté Divine.
  • Le fait d’être victime d’un vampire.
  • Invoquer incubes et succubes.
  • Mourrir lorsque l’on est pas baptisé.

La non dégradation du corps plusieurs jours après la mort est un des signes de « mal mort ». Le point commun à tous ces sacrilège, est le risque, pour l’éternité, de devenir un « Non mort », errant en quète de sang.

Cet écrivain Irlandais (né à Dublin le 8 Novembre 1847), qui fut incapable de marcher jusqu’à l’age de sept ans, et dont la triste enfance fut marquée par les récits de superstitions populaires de sa mère (famine de 1846) est devenu par la suite un universitaire sportif et éclairé (il entra à la société philosophique).

Il devint un proche du comédien Enry Irving, avec lequel il s’occupa du théâtre duLycéum.Il avait aussi lié amitié avec son contemporain, le très sulfureux Oscar Wilde (auteur du Portrait de Dorian Gray) et fut membre de la Golden Dawn.

Outre quelques oeuvres notables, comme le receuil pour enfants Under The sunset, l’oeuvre de Stocker reste attachée à Dracula, considéré comme le premier roman Gothique.Cette oeuvre épistollaire(correspondance entre les différents personnages), considérée aussi comme le premier roman moderne d’épouvante fut rédigée durant sept années avant de paraître en 1897.

Le livre, qui fut par la suite adapté au théâtre, connu une certaine censure.On lui reprochait son caractère érotique, il sortit sous couverture jaune (oeuvres érotiques…).

Bram Stocker s’éteignit, sans doute des suites de la syphilis, en 1912.

L’auteur, pour le personnage de Dracula, s’inspira de la vie du sanguinnaire prince Vlad Tepes.

« Tu viendras avec moi, en m’aimant jusqu’à la mort, ou bien tu me haïras, et tu viendras avec moi quand même, en me haïssant pendant et après la mort. Dans mon apathique nature, il n’y a pas de place pour l’indifférence. »

Sheridan Le Fanu, Carmilla

 

Le Vampire : Romantisme, Sexe et Mort…

Depuis ses origines, le Vampire a toujours été associé aux thématiques du sexe et de la mort.

Il est souvent le symbole des grands boulvesements du monde, et fait naître dans l’imaginaire collectif une peur de contagion, de mort et de damnation éternelle.

Des grandes invasions qui mirent un terme à l’Empire Romain (Les sanguinaires Huns… Fléau de Dieu), aux épidémies de peste du Moyen-Age en passant par la menace Ottomane, les Vampires, instrumentalisés par la religion et les superstitions populaires ont toujours été un très bon « bouc émissaire » pour expliquer certains maux.

Au XIXème siècle, age d’or du Vampire dans la littérature, la société occidentale était en prise à d’autres tourments : c’est la grande époque des Dandys et des poètes maudits.

Ce siècle, qui connu un regain d’intèret pour les sciences occultes, comme le spiritisme (pratiqué entre autre par Victor Hugo) la sorcellerie (Aleister Crowley et la « Golden Dawn » en Angleterre) et le satanisme (évocation des messes noires dans Là-bas de J.K Huysmans) a permis aux divers artistes et auteurs de redonner au Vampire toute sa puissance.

« On recommença les éxécutions, on trouva dix-sept vampires auxquels on perça le coeur; on leur coupa la tête, on les brûla, et on jetta leurs cendres dans la rivière. Ces mesures éteignirent le vampirisme dans Médreïga. »

Charles Nodier, Le Vampire Arnold-Paul

Le XIXème siècle fut aussi la grande époque des Paradis artificiels et de la libération des moeurs.Beaucoup d’artistes, comme le poète Baudelaire, qui s’évadaient dans l’Absinthe et l’Opium, tout en ayant une vie sexuelle des plus débauchée, furent frappés par le grand fléau de l’époque (bien avant le SIDA) : La Siphilis.

Cette maladie vénèrienne, réputée pour plonger petit à petit ses victimes dans la folie, était perçue, par les plus religieux, comme une punition divine infligée aux adeptes des déviances sexuelles, très en vogue à l’époque (Sexualité avec partenaires multiples, homosexualité…).

Le Vampire, dans Dracula en particulier, devient alors une sorte de métaphore de la Siphilis et de la décadence qui menace de plus en plus la bonne société. On note aussi cette peur panique de contagion dans le Horla, de Maupassant où le narrateur, sous l’emprise d’une créature mystèrieuse et invisible, est envahie petit à petit par la démence.

Enfin, le Vampire au XIXème siècle incarnait aussi un romantisme sombre, teinté de mélancolie et d’amour éternel à travers la mort. On retrouve cette thématique dans Carmilla, de Sheridan Le Fanu, mais aussi dans l’excellente nouvelle La Morte Amoureuse, de Théophile Gautier qui met en scène un jeune prètre possédé par une charmante Vampire :

« Malheureuse, malheureuse que je suis! Je n’aurai jamais ton coeur à moi toute seule, moi que tu as ressuscitée d’un baiser, Clarimonde la morte, qui force à cause de toi les portes du tombeau et qui vient te consacrer une vie qu’elle n’a reprise que pour te rendre heureux! »

 

De Vlad « l’empalleur » à Dracula :

On ne peut parler de Vampirisme sans avoir sur les lèvres le nom de Dracula… C’est impossible!

De tous les Vampires c’est à lui que l’on fait le plus référence; car, il incarne à lui tout seul la plupart des caractéristiques du mythe : Damnation, vie nocturne, goût pour le sang, pouvoirs surnaturels…C’est le Vampire le plus médiatisé de l’Histoire; ce dont témoigne la quantité d’oeuvres littéraires et cinématographiques qui lui sont dédiées.

Dracula, a aussi donné son nom de l’oeuvre majeure de Bram Stocker.

Vlad III « l’empalleur » (1431-1476), dit Dracula (fils du dragon) et prince de Valachie; était un souverain sanguinnaire et redouté qui se distingua par sa violence au XVème siècle dans la lutte contre les Turques.

A cette époque, l’europe de l’est était sous le joug Ottoman.

Constantinople étant tombée (1453 ), les Carpattes étaient un des derniers remparts de la Chrétienté.

Vlad III, qui empallait ses victimes (paysans récalcitrants, prisonniers Turcs…) sur des champs à perte de vue, ce qui refroidit les Ottomans, qui battirent en retraite à plusieurs reprises.On prétend aussi que Vlad III avait pour coutume de s’abreuver du sang de ses énnemis… Sympa comme boisson énergétique!…

On retrouve dans le Dracula de Stocker ce côté aristocratique, le « comte Dracula », un goût immodéré pour le sang, besoin vital du Vampire.Celui-ci, contrairement au prince Valach, n’est plus un défenseur de la foi; mais un envahisseur, un fléau, au même titre que les Turcs au XVème siècle.

Il menace de ses griffes la bonne société de l’Angleterre Victorienne du XIXème siècle; on l’assimile aux mauvaises moeurs, au capitalisme sauvage, au « Juif ». On reproche assez souvent à l’oeuvre son caractère antisémite (l’antisémitisme étant malheureusement très en vogue à l’époque).

Le vampire est ici une métaphore de la ruine de l’immoralité.

 

Le Vampire au grand écran :

Dracula, après son succès litéraire et théatral, s’est propulsé a l’écran.

En 1922, le film muet Nosferatu le Vampire, de F.W Murnau, donna une interprétation du mythe de Dracula, personnifié sous les traits du comte Orlock, joué par Max Schreck.

Nosferatu le Vampire

En 1931, Tod Browning, dans son film Dracula, va faire découvrir l’acteur Béla Lugosi, qui, donna un corps, une voix (accent Hongrois oblige…), au Vampire des Carpates le plus célèbre au monde… Béla Lugosi, immigré hongrois, interpréta le rôle au théatre avant de passer devant la caméra… Il dut, dans un premier temps apprendre ses tirades en phonétique!

Dracula, fut aussi joué par Christoper Lee, et une multitude d’acteurs plus ou moins convaincant dans une multitude d’adaptations…

On peut noter, parmis les adaptations les plus intérescentes de Dracula, celle de Francis Ford Coppola (1992), où Dracula, joué par Gary Oldman apparaît beaucoup plus humain que dans les autres adaptations.

On a affaire ici à un être tourmenté, qui est victime de sa condition de Vampire.On est face ici à un romantisme sombre assez captivant.

Outre les représentations de Dracula, on peut citer d’autres mises en scènes du mythe, comme le très bon Entretien avec un Vampire, adapté du roman d’Anne Rice, par Neil Jordan, avec Brad Pitt et Tom Cruise, où l’on a une approche très introspective du Vampire.

entretien-avec-un-vampire

Dans un style complètement déglingueé, il y’a aussi, Une Nuit en Enfer (1996), de R.Rodriguez avec Q.Tarantino , G.Clooney et H.Keitel, où des malfrats et leurs otages, se retrouvent bloqués pour la nuit dans un bar à Strip-tease Mexicain infesté de Vampires… A voir pour le fun, et la bande son sympa…
Voilà… Pour ma part, tout est dit… J’espère ne pas avoir fait l’impasse sur trop de détails, et que vous aurez passé un bon moment… Je vous laisse sur quelques sources, si vous voulez en savoir plus… Bye!

Assiscles, 27/11/07

 

Bibliographie :

Dracula, de Bram Stocker (Pocket)
Dracula, du mythe au réel, de Clive Leatherdale (Broché)
Histoire des Vampires, Autopsie d’un mythe, Claude Lecouteux (Imago)

 

Laisser un commentaire