NICK CAVE & THE BAD SEEDS, Les Nuits de Fourvière (Lyon), 27.07.2013

Nick-Cave-and-the-Bad-seeds-Pr-ShotA de nombreuses occasions, j’ai pris de bonnes grosses claques en concert. Mais jamais d’une telle violence. On a beau savoir que le charismatique Australien est un putain de showman et avoir vu des tonnes de vidéos de ses prestations, rien ne peut vraiment nous préparer à l’expérience de Nick Cave en chair et en os sur scène. Si j’avais eu le malheur de rater ça, ma vie n’aurait pas tout à fait valu la peine d’être vécue !

Je ferai l’impasse sur les deux premières parties au risque d’être insultante, disons juste qu’elles nous ont rendus d’autant plus impatients de voir débarquer le tant attendu prêcheur et sa bande de mauvais gars…! La nuit tombe sur le Théâtre Antique de Fourvière, la chaleur est à peine supportable. Le changement de plateau semble interminable, tout le monde trépigne, commence à gueuler… Et c’est parti ! Les Bad Seeds, costard impec’ et longue barbe au vent pour la plupart, s’installent derrière leurs instrus. Puis leur immense leader tout de satin noir vêtu fait son entrée et se confronte instantanément avec son public. A ce moment-là, je constate que mes mains tremblent et qu’une grosse boule dans ma gorge me fait monter les larmes aux yeux. Ca ne durera que le temps du premier morceau, le temps que je réalise que je suis bien en train de vivre cet événement mémorable. Après ça, on lâche tout et on se laisse porter par les morceaux et les humeurs du grand Nick.

Et le Monsieur est en forme ce soir, il sort presque aussitôt la grosse artillerie ! Le concert débute, comme il se doit, par deux morceaux du dernier opus : « We Know Who U R » et « Jubilee Street ». Puis dans la foule, quelqu’un est soudain pris à partie par le regard bleu glacial du chanteur qui lui balance le « I want to tell you about a girl… » annonciateur d’un « From Her To Eternity » fracassant. Et ça continue, sans ménagement aucun, avec « The Weaping Song » et un « Tupelo » très intenses. La ballade « Mermaids » permet un petit moment d’accalmie, mais « Deanna » revient aussitôt à la charge, et à cet instant, tout le monde devient dingue, ça commence à sauter dans tous les sens, et même à pogoter violemment. Les spectateurs sont remontés à bloc et vont avoir du mal à se calmer sur « People Ain’t No Good », « Into My Arms » et « Higgs Boson Blues », tout aussi prenantes mais plus tranquilles. Car on a beau l’oublier, subjugués que nous sommes par le spectacle, mais la chaleur est oppressante et les ballades sont tout de même bienvenues dans le set pour se poser un peu. S’ensuivent alors « The Mercy Seat » et un « Stagger Lee » durant lequel le chanteur s’en donne à cœur joie dans les exagérations et le contact avec la foule. Le morceau se termine de façon détonante, puis le set se conclut par le très atmosphérique « Push The Sky Away ». Mais ce n’est en fait que le début de la fin, le groupe ne se fait pas prier longtemps et rapplique en vitesse pour un long rappel déchaîné. On commence en douceur avec « We Real Cool », mais l’ambiance s’intensifie très rapidement avec « Red Right Hand » puis explose littéralement sur « Papa Won’t Leave You Henry » et « Jack The Ripper » : pas moyen de résister, la foule ne forme plus qu’un seul corps bondissant et on est entraîné malgré soi au milieu d’un pogo digne d’un concert de punk. Le show se termine finalement dans la délicatesse avec « Love Letter », mais on sent bien que le groupe était parti pour continuer un bon moment encore si le couvre-feu de Fourvière ne les avait pas contraint à terminer à minuit.

Sur scène, Nick Cave est le maître. Il est dans son élément et se donne plus qu’à fond,  étalant ses tripes et chantant comme si sa vie en dépendait. En véritable prédicateur, il harangue la foule et dirige son groupe sans pour autant délaisser la chaleur humaine. Il reste en permanence en contact physique et cérébral avec les spectateurs, n’a de cesse de se mêler à eux. Son regard plonge dans toutes les paires d’yeux qu’il croise, ses mains attrapent toutes celles qui s’offrent à lui. Impossible de détacher son regard de ce grand bonhomme. Il est entouré de musiciens hors pair, mais il est difficile de leur accorder autant d’attention qu’à lui, à l’exception peut-être de Warren Ellis et de ses divagations de clochard céleste. Nick Cave est définitivement l’incarnation de la classe, le gourou de sa propre religion. Les prochains concerts auxquels j’assisterai me paraîtront bien fades à côté de celui-ci…

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