Psychic TV / PTV 3 – Le Transbordeur – 25.11.2015

a-psychic « This is Genesis Breyer P-Orridge and she has no idea of what she is »

Mais qui est donc Neil Megson, aka Genesis Breyer P-Orridge ? Je vous le donne en mille !

Cet artiste mancunien est connu pour avoir changé d’identité en 1965 (légalement en 1971) alors qu’il étudie à l’université de Hull. Il débute sa carrière comme performer dans le très controversé collectif COUM Transmission, qui donne dans les années 1970 des happenings décadents, centrés sur des sujets trop tabous pour la puritaine Albion, tels que le sexe, le paranormal, le sadisme, l’automutilation et la scatologie. En 1975, l’individu fonde Throbbing Gristle, groupe de non-musiciens se livrant à des expérimentations sonores bruitistes à mi-chemin entre l’électro et le rock, pionnier reconnu de la musique industrielle. Puis, en 1981, l’extravagant personnage donne naissance à la formation Psychic TV, qui connait pendant les décennies à venir de nombreuses mutations de personnel et de style musical, et a notamment fait son entrée dans le Guinness Book grâce à sa super productivité (record du plus grand nombre d’albums publiés). Connu pour ses frasques, ce citoyen britannique s’est vu condamné à l’exil par le Gouvernement de Sa Majesté : il n’a pas pu poser le pied sur sa terre natale pendant quasiment dix ans et a donc dû trouver refuge aux États Unis. Dans les années 2000, l’étrange spécimen se lance dans une nouvelle expérience inédite et anatomique : sa femme Lady Jaye et lui s’adonnent à de nombreuses opérations de chirurgie plastique afin de devenir physiquement semblables, se considérant ainsi comme deux parties d’un seul et même être qu’ils définissent par le terme « pandrogyne ». Lady Jaye meurt soudainement en 2007, mais sa moitié décide de continuer ses modifications corporelles, considérant que son épouse est désormais la représentante de la pandrogynie dans le monde immatériel, tandis que lui doit terminer, dans le monde matériel, de créer une identité qui ne correspondrait à aucune idée préconçue du genre.

Pour ma part, j’ai découvert le sulfureux quidam lorsque j’étais encore lycéenne, par le biais d’un numéro de l’émission Tracks entièrement consacré aux pirates (diffusé sur Arte le 28 octobre 2004). Cet être totalement hors normes a de suite attisé ma curiosité, et j’ai depuis conservé pour lui (elle ?) une fascination sans mesure. Imaginez donc ma joie lorsque j’apprends sa venue à Lyon avec PTV3, énième mouture de Psychic TV !

L’événement a lieu au Club Transbo dans le cadre des soirées Don’t Mess, et nous constatons en arrivant sur place que, malheureusement, trop peu de monde s’est déplacé pour assister à la venue de la légende underground. C’est le bon son de Witxes qui nous accueille et annonce d’emblée le caractère avant-gardiste de la soirée. Seul derrière son ordi, parfois armé d’une guitare, le lyonnais nous offre une performance convaincante oscillant entre noise, techno minimale et ambient.

Une fois la première partie éclipsée en coulisses, nous attendons avec impatience l’arrivée des membres de PTV et nous interrogeons encore sur la nature du set qui sera proposé. C’est qu’au cours de sa foisonnante carrière, le groupe s’est nourri de diverses influences, telles que l’indus, l’acid house ou le rock, aussi nous nous attendons à tout… Mais sitôt qu’ils foulent le plateau, les musiciens nous font comprendre que le show se déroulera sous le signe du rock et de la bonne humeur ! Sur fond de projections psychédéliques, ils attaquent joyeusement les premières mesures de la reprise « Jump Into The Fire » de Harry Nilsson, puis GPO les rejoint sur scène, lampe frontale vissée sur le crâne, nattes blondes pendant de chaque côté de la tête et ongles vernis de rouge. « We can make each other happy ! » : voilà qui annonce la couleur de la soirée !

Avec ses airs de squaw peroxydée, le/la charismatique leader mène chaque morceau de sa voix frêle à la Lou Reed, laissant ainsi transparaître la sensibilité et la vulnérabilité de son être en perpétuelle recherche d’identité. Il/elle est épaulé(e) par une formation vaillante et très communicative qui se donnera à fond d’un bout à l’autre du concert. La section rythmique solide est composée d’une bassiste au groove maîtrisé, l’avenante Alice Genese, et du batteur Edley O’Dows, qui martèle efficacement ses futs tantôt aux maillets, tantôt aux baguettes pour un rendu tantôt tribal, tantôt post-punk. Le guitariste Jeff Berner fait montre d’une grande créativité noisy avec une technique de jeu totalement shoegaze, mais emprunte parfois avec virtuosité la voie de l’acid rock. John Weingarten, lui, remplace Jess Stewart derrière les claviers dont il extrait des mélodies pop/new wave ou des loops synthétiques. GPO accompagnera parfois son groupe au violon électrique pour agrémenter les compos d’effets sonores délirants.

Le set est orienté sur une musique hyperdélique, comme aime à la définir GPO. On y retrouve notamment des influences expérimentales du Velvet Underground ou psychédéliques de la veine space rock. Il est constitué de quelques morceaux du dernier opus Snakes (la jolie ballade synthpop « After You’re Dead, She Said » ou l’envoûtant « Burning The Old Home ») et de compositions plus ou moins anciennes (le dansant « Just Like Arcadia » ou le pesant « Southern Comfort » durant lequel bassiste et batteur échangent leur poste). Le concert n’affiche peut-être pas complet, mais l’ambiance, elle, est bien présente. Le show se conclue d’ailleurs par une version enjouée de « Have Mercy » durant laquelle la charmante bassiste nous invite à monter sur scène. Je ne me fais pas prier pour rejoindre le groupe avec quelques autres spectateurs et, tout sourire, nous passons le morceau à danser avec les musiciens. Entraîné par cette ambiance conviviale, le public rappelle le groupe pour une dernière chanson qui marquera, cette fois-ci, le point final de cette excellente soirée.

Plus qu’heureuse d’avoir pu assister au superbe concert de ce personnage remarquable, qui plus est dans cette salle permettant une telle proximité entre groupe et spectateurs. Le/la captivant(e) Genesis Breyer P-Orridge et sa bande font preuve à la fois d’une grande sensibilité poétique et d’un esprit résolument rock, et il est très agréable de les voir jouer tant ils prennent plaisir à partager. Ce moment unique de communion entre ces artistes et leur public m’a décidément collé un sourire béat sur le visage pour un long moment et je garderai un souvenir impérissable de cette soirée en compagnie de l’un(e) de mes héro(ïne)s !

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