The Voices, Marjane Satrapi (2014)

the-voices-posterVoices? Not really… Mr. Whiskers, he makes me do bad things.

 

Synopsis :

Jerry Hickfang est ouvrier dans une usine de baignoires à Milton, petite ville américaine tranquille. Un peu benêt mais très sympathique, il est plutôt apprécié par ses collègues et tente même de se rapprocher de la jolie comptable britannique, Fiona, dont il tombe amoureux. Seulement, une face bien plus sombre de Jerry va peu à peu se dévoiler : sans son traitement, celui-ci est victime de troubles et entend des voix parfois malveillantes qui le poussent à mal agir…

Auteur de bandes dessinées et peintre, Marjane Satrapi s’est révélée comme réalisatrice en adaptant au cinéma ses propres ouvrages Persepolis et Poulet aux prunes. Avec The Voices, elle signe pour la première fois un film dont le scénario n’est pas le sien, mais parvient à lui insuffler sa griffe graphique et fantasmagorique avec brio.

Le choix de raconter cette histoire du point de vue du protagoniste s’est imposé à la cinéaste 000245afin que les gens soient en totale empathie avec lui, et le résultat n’en est que plus inédit et déroutant pour un film traitant d’un serial killer. Remarquablement interprété par Ryan Reynolds, le personnage de Jerry s’attire immédiatement la sympathie des spectateurs comme des autres personnages de l’histoire, qui, même s’ils le trouvent parfois un peu bizarre et simplet, ne peuvent s’empêcher de s’y attacher. Le monde tel qu’il le perçoit est une sorte de Bollywood saugrenu rose bonbon à paillettes, dans lequel femmes et hommes sont tous beaux, gentils et heureux. Mention spéciale, d’ailleurs, aux diverses actrices qui, malgré leurs dissemblances, apportent toutes une touche féminine aussi malicieuse que sensuelle au film.

the-voicesDans son imaginaire, Jerry peut également communiquer avec ses animaux de compagnies : son chien Bosco et son chat Mr. Whiskers. Tel un ange et un démon flottant à chacune de ses oreilles pour lui murmurer les bonnes décisions à prendre, ses compagnons tentent de lui imposer des visions radicalement opposées. En bon pataud débonnaire, Bosco tâche de convaincre son maître qu’il est un homme bon, et que même s’il a pu commettre certaines erreurs, il peut toujours faire en sorte de se racheter. Alors que Mr. Whiskers, essentiellement avide de pâtée pour chat et de cruauté gratuite, pousse Jerry à se livrer à ses plus bas instincts, lui faisant ainsi commettre l’irréparable.

Car en réalité, le monde n’est pas bariolé de couleurs vives et peuplé d’animaux parlants. Milton s’avère en fait ne pas être une charmante bourgade, mais un trou paumé où l’on s’ennuie ferme, les seules distractions étant les fast food graisseux, le resto chinois ultra kitsch ou le karaoké. Et c’est justement pour fuir le quotidien maussade et cru que, contrairement aux recommandations de sa psy, Jerry se refuse à prendre ses médicaments et continue à voir la vie en rose. La caméra, qui filme essentiellement à travers le regard fantasque du personnage, bascule par moments sur un point de vue réel très trash, et le contraste entre ces deux visions est si démesuré qu’il prête à la rigolade : même les scènes les plus violentes et gores du film provoquent sans honte des éclats de rire ! L’humour est noir, mais le rire, lui, n’est pas jaune, plutôt franc et sincèrement amusé. Impossible également de résister aux répliques acerbes et terriblement drôles du sarcastique et sadique Mr. Whiskers face à Bosco, gros toutou aussi sympa que niais. Ryan Reynolds a d’ailleurs insisté pour doubler lui-même les animaux, et il s’en donne à coeur joie ! Un choix pertinent car les voix que Jerry entend ne sont autres que les siennes, qui le hantent depuis sa plus tendre enfance et révèlent les deux facettes de sa personnalité.

How Fiona stacks up

Aussi déjanté qu’esthétique, The Voices se déguste comme une irrésistible friandise pop et flashy au coeur acide et sanguinolent : un régal !

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