Reportage sur O.Z.O.R.A. 2014

75-110524629_10152229454055978_7458999670040884536_n-1

Cet été, vos chroniqueurs de choc, Olivier et Clémence, ont tenté l’aventure ozorienne ! Voici un compte-rendu à quatre mains de leur expérience.

Historique

Ozora est en premier lieu un village situé dans le comitat de Tolna, au cœur de la Hongrie, non loin du fameux lac Balaton. Le festival porte son nom, stylisé en O.Z.O.R.A., et se déroule chaque année depuis 1999 dans la petite bourgade de Dádpuszta. Il a été créé au moment de l’éclipse solaire du 11 août 1999 et se baptise au départ Solipse. Il a changé de nom en 2004. L’édition 2014 s’est tenue du 29 juillet au 3 août (avec une prolongation pour le chapiteau Pumpui). O.Z.O.R.A. est un événement très attendu chaque année, et s’avère être un des plus grands rassemblements européens dédié à la psytrance, au même titre que Boom (Portugal), VuuV (Allemagne) et Hadra (France). Malgré cette marque stylistique, le festival hongrois propose néanmoins des musiques variées (ambient, chill-out, world music et même rock !). Cette année, la programmation est à nouveau alléchante, la réputation du festival permet aux organisateurs d’inviter des artistes extrêmement prestigieux, jugez vous-mêmes : Ozric Tentacles, Astral Projection, Youth, Higher Intelligence Agency, Leftfield, Shpongle, Mixmaster Morris… En dix ans, O.Z.O.R.A. a grandi considérablement, attirant des dizaines de milliers de personnes, venues des quatre coins du monde ! Nous y sommes allés car Olivier était invité en tant que conférencier pour parler de l’histoire de l’ambient. Nous avons pu partager une expérience unique, hors du temps. Chers lecteurs, nous vous invitons à présent à découvrir nos impressions de cette semaine magique. WELCOME TO PARADISE!

Arrivée + cérémonie d’ouverture

La Hongrie, à vol d’avion, ce n’est pas très loin. Pourtant, nous ne sommes pas prêts de voir le bout du tunnel : nous devons dans un premier temps arpenter Munich by night lors d’une escale de plus de neuf heures. Après une longue balade en centre-ville, nous sommes de retour à l’aéroport Franz-Josef Strauss et partons cette fois-ci pour Budapest, atterrissage prévu dans la matinée du 29 juillet. Après avoir visité les thermes réputés de la capitale hongroise, goûté à la traditionnelle goulasch et à la bière Gösser, et fait une sieste dans le parc Elvis Presley sur les bords du beau Danube bleu, nous avons pris le train direction Simontornya, la ville la plus proche du lieu du festival. Très vite, nous sommes cernés sur le quai de gare par des hordes de babos, teufeurs et autres rastas (dont certains viennent même du Chili) : plus de doute possible, nous sommes dans la bonne direction ! Enfin arrivés à Simontornya, nous tentons tant bien que mal de faire la queue pour accéder à une navette sitôt garée, sitôt assaillie, tandis que les chauffeurs de taxis tentent coûte que coûte d’appâter le chaland. Soudain, semblant crever la foule, et venant de nulle part, surgit un mystérieux roux à chapeau de paille ! Et sur une feuille de papier qu’il tient mollement à la main, est inscrit au Stabilo rose fluo « Olivier Bernard ». Ni une ni deux, on se rue vers le rouquin en question en nous présentant. L’air totalement à l’ouest, notre ami à chapeau ne semble pas du tout savoir qui nous sommes ni pourquoi il est venu nous chercher. Dans un anglais avec un accent à couper au couteau, il tente vaguement de se renseigner, mais se retrouve, on ne sait comment, en pleine négociation avec deux jeunes Hongrois qui veulent profiter du trajet avec nous en échange d’un bifton. Dádpuszta se trouve à environ dix kilomètres de Simontornya. Peu avant d’accéder à l’entrée, c’est barrage de police et compagnie : voitures, sacs, tout est passé au crible afin de confisquer d’éventuelles substances… mais très peu pour nous ! Notre chauffeur baragouine trois mots aux flics puis redémarre vitre baissée en braillant : « Vipi ! Vipi ! » (VIP) Il s’arrête à l’orée du site, juste après avoir traversé la désormais célèbre inscription « Welcome to Paradise! ». Il nous dit de passer au check VIP, c’est-à-dire le comptoir sans queue ! Un godelureau défoncé veut qu’on l’aide à payer son ticket d’entrée. Désolé mec ! On récupère nos menues affaires : bracelet, cendrier portatif, plan, programme. Remplis d’excitation, on revient dans la camionnette magique qui nous amène jusqu’à la maison du staff, que nous baptisons le Château, où un repas chaud et végétarien nous attend.

La cérémonie d’ouverture commence bientôt (à 21h). La foule s’est amassée autour d’un groupe de musique et d’un dragon chinois qui déambulent sur le site. On descend tranquillement en suivant le mouvement général. Autour de nous, rien que des hippies et des freaks échevelé(e)s ! Au loin, nous percevons le son de percussions vives. Au lieu d’exposition artistique (Mirador), de vieilles femmes hongroises chantent des chansons traditionnelles, tout le monde est médusé. On se rapproche dangereusement de la plaine. L’orchestre de percus s’en donne à cœur joie, les gens sont extatiques ! Puis, un signal incandescent se fait entendre. C’est l’hallali ! Tout le monde se rue en courant et en beuglant vers la Main Stage, où nous attend le spectacle de l’Opening Ceremony donné par le mystérieux et envoûtant Magma Firetheater. Dans un brouillard de fumée apparaît une créature sylvestre, parfaitement hiératique et très maquillée, vêtue d’une robe longue et dont la tête est ornée de bois de cerfs. Elle ne bouge pas, le silence s’impose. Puis elle déclame. Serait-ce un sabbat wiccan ? La cérémonie commence… A ses côtés, d’autres créatures des bois font irruption : jongleurs, acrobates… Ambiance roots et psyché garantie pour la semaine à venir ! Le show se termine par une reprise barrée du « White Rabbit » de Jefferson Airplane.

Puis, à la tombée de la nuit, un groupe s’approche. Ils sont joyeux, nous gratifient de sourires chaleureux. Trois hommes et une femme. La foule est en délire, mais qui sont-ils ? La bassiste se tient au milieu de la scène, elle respire le bien-être et les substances illicites. Cette formation semble ancienne vu l’âge de certains membres. Leur musique est un hybride entre électronique et rock psychédélique. Pas mal, plutôt entraînant, bien foutu. On stagne un certain temps, gobant leurs sons envoûtants, avant de se décider à enfin monter la tente, surtout que l’obscurité s’est installée ! On regarde le programme et les troubadours que nous venons de voir ne sont autres qu’Ozric Tentacles, le combo mythique de prog des années 1980 ! La prestation touchant à sa fin, nous retournons donc au staff pour récupérer nos affaires… quel périple ! N’ayant pas encore pris nos marques dans cette immense étendue en pleine nature, nous entreprenons un véritable parcours du combattant en pleine nuit (merde, la frontale est restée dans le sac à dos !), dans la boue, repassant encore et encore devant le même bar et le même tobacco store sans jamais parvenir à retrouver notre chemin ! Après un long moment perdus dans l’espace-temps ozorien, nous voyons finalement la lumière, retrouvons et le staff, et nos affaires, puis nous lançons dans l’installation stratégique de notre campement non loin des sanitaires. Stratégique mais laborieux (merde, les piles de la frontale sont presque mortes !), car en plein schwarz, et sans notice explicative, duraille de monter pour la première fois la tente flambant neuve ! Heureusement qu’avec pitié et efficacité, notre voisin vient nous donner la main, nous permettant ainsi de dresser notre fier tipi Quechua à l’épreuve du vent et de la pluie (enfin, presque : inondation et donc sacs de couchage trempés dès le premier orage, merci au staff de nous avoir prêté des duvets secs !). Après quoi, récompense bien méritée, nous allons nous défouler sur de la grosse trance Goa. Bien vidés par notre danse frénétique, nous retournons à notre refuge, où une bonne nuit nous attend pour nous ressourcer avant d’entreprendre, dès le lendemain matin, une visite complète du site. Nous perdre au cœur des ténèbres ? On ne nous y reprendra plus !

Scènes + caractéristiques

Le site d’O.Z.O.R.A. est vaste, très vaste. Dádpuszta n’est qu’une minuscule localité champêtre. Le village du festival est construit toute l’année. Un effort prodigieux est réalisé pour décorer ce lieu de verdure. Deux êtres géants en bois ont été édifiés, de même qu’un iguane servant de pont ; les huttes des ateliers et des festivités sont aussi faites en matériaux naturels, il s’agit vraiment d’un univers à part entière ! Les scènes musicales/événementielles sont : Main Stage, Chill Out (stage), Pyramid, Chambok House, Dragon Nest/Agora, Circus, Pumpui. Pour combler les festivaliers, les lieux et scènes proposent des esthétiques et styles musicaux divers et variés.

MainCommençons par la Main Stage. Comme son nom l’indique, il s’agit de la plus grosse scène du festival et elle en impose avec ses toiles tendues multicolores et son majestueux arbre aux branches tentaculaires. Ici, la musique et la fête ne s’arrêtent jamais, ou presque, on peut y danser non-stop de 21h à 17h sur des mix de trance Goa. Nous n’avons pas beaucoup profité de cette scène, à l’exception du premier soir, et d’une nouvelle mais vaine tentative par une nuit sombre et orageuse (to be continued…). Sur cette scène, sont notamment invités : Raja Ram & Chicago, Astral Projection, Ajja.

Chill Out StagePoursuivons avec un de nos lieux fétiches : la Chill Out (stage) qui est située au-delà du Main Bar. Elle est constituée d’un grand dôme au plafond duquel sont accrochées des étoiles géantes et dont le sol est entièrement couvert de sable ; cette scène est notre coin favori pour la sieste. Au centre, se trouve la console, les platines et tout l’attirail électronique des musiciens qui se succèdent. Notre première rencontre avec le lieu est magique. Des sons apaisants sont diffusés, nous nous endormons très vite. Cet aspect planant n’est néanmoins pas la règle. Des performances plus « bruyantes » ont lieu. Mais cette scène nous sert d’abri, de réconfort. Certaines personnes dansent, transportées par la musique moelleuse, perdues dans une transe orientale. C’est notamment le cas d’une jeune fille que nous avons affectueusement surnommé « le Meuble ». Longue robe de gitane fendue, foulards noués aux poignets, elle se la joue grave quand elle danse et semble ne jamais déserter les lieux, faire partie des meubles comme on dit, d’où son appellation ! Nous y croisons systématiquement aussi un illuminé à cheveux bleus, qui s’y installe comme chez lui, tenture étalée au sol, encens fumant à tout va et lampe en pierre de sel toujours scintillante. Les concerts y sont souvent somptueux, de même que les DJ sets. Etant sensibles au charme de la musique atmosphérique, cet endroit est l’élu de notre cœur. Et que dire des artistes programmés ? Constatez par vous-mêmes : Youth, HIA, T.S.R. (Solar Fields & Carbon Based Lifeforms), Leftfield, Shpongle, Mixmaster Morris… Excellent ! Nous avons beaucoup apprécié le set de Youth, qui tient la forme malgré ses nombreuses cigarettes fumées ! Ambient dub, groove hypnotique, on est loin de la cold wave de Killing Joke, mais c’est foutrement addictif ! Le pépère aura même droit à un bisou donné par une jeune fille éméchée se prenant pour une rock star ! La gourbi s’est fait virer manu militari par la sécurité quand elle a voulu danser sur les tables attenantes aux consoles. Youth garde son flegme britannique pendant ce temps. Classe.

Dragon Nest DayNon loin de notre campement se trouve le Dragon Nest/Agora et sa stage. Pour s’y rendre, il faut se faire avaler par le dragon lui-même, un pont reptilien hallucinant que nous avons baptisé Iggy ; il s’agit de notre second endroit préféré (ambiance zen garantie dans l’antre du dragon, un lieu idéal pour se relaxer). Ses cabanes de bois accueillent les plus chanceux (ayant pris rendez-vous suffisamment tôt…) pour des massages selon différentes traditions : shiatsu, tibétain, thaï… Un stand de mehndi permet aux plus créatifs de dessiner leurs propres tatouages au henné, ou de se barbouiller les mains en orange pour les moins assurés ! Des tables et des troncs d’arbres à l’ombre appellent au repos, à la lecture ou aux jeux de société. Et sur scène, très peu d’electro, mais ce qu’on appellerait communément des musiques du monde : groupes indiens, marocains ou encore tsiganes se partagent les planches et font danser petits et grands, cow-boy teufeur et indien zarbi à moitié à poil ! Le soir, ce lieu accueille également des artistes de cirque pour des spectacles de feu. Il va sans dire que le Dragon Nest/Agora est en activité quasiment toute la journée et toute la nuit.

Dragon Nest Night

Chambok HouseA la Chambok House, construction en « dur » ornée de soucoupes volantes, d’arbres biscornus et de petits aliens peace and love, on peut écouter principalement des conférences. Les sujets sont variés (régime crudivore, jardinage militant, trance psychédélique, et bien sûr ambient), de même que les performances. De manière rituelle, chacun enlève ses chaussures avant d’y pénétrer. A l’intérieur règnent une fraîcheur et un calme apaisants, des monticules de coussins sont dispersés au sol… et ces putains de hippies sournois ont beau nous faire la morale sur la générosité et le partage, beaucoup ne se gênent pas pour se construire de véritables forts et rager après la moindre personne leur réclamant ne serait-ce qu’un coussin pour s’asseoir ! Ici, nous avons aussi assisté à… de la danse contemporaine nudiste ! On nous prévient à la Dragon Nest qu’une troupe hongroise va se produire à la Chambok. N’ayant rien de mieux à faire à ce moment-là, nous nous y sommes rendus innocemment. La chorégraphe s’approche et nous enjoint de ne pas prendre de photos car les danseurs/danseuses seront nu(e)s ! Ni une, ni deux, voilà que les protagonistes s’approchent et ôtent leurs vêtements ! Deux filles, deux garçons. Quelques malins passent outre les recommandations de la chorégraphe, mais se font rabrouer vertement par de musculeux et patibulaires agents de sécurité ! Le spectacle dure une heure. Les artistes semblent souffrir, leur performance est extrêmement physique. Il se dégage de leur ballet sauvage une bestialité puissante. Ils suent tous abondamment, et s’amusent à glisser sur leur propre transpiration. Ils soufflent comme du bétail furieux et simulent par moment un acte sexuel violent, tous étant agités de soubresauts parfois assez ridicules.

PumpuiEnsuite, c’est en partant à la recherche de la tant attendue Chill Out, que nous sommes tombés sur un chapiteau constitué de tentures, sous lequel s’étendent moquette orange, bottes de paille et tables basses. Il s’agit de Pumpui, une autre scène, qui se trouve en fait à deux pas de notre campement (c’est donc de là que proviennent les « boum boum » entendus cette nuit !), et où s’enchaînent des concerts variés allant de l’electro à gros beat au rock psychédélique. Pumpui est également le cinéma d’O.Z.O.R.A., des films y sont régulièrement diffusés en soirée sur grand écran, mais nous avons malheureusement manqué le coche et raté les séances. Au cours de la semaine, nous apprenons que cette scène est la seule qui ouvre et ferme avant et après les dates officielles du festival : bon à savoir pour les éditions à venir ! En effet, cette année le festival s’est déroulé officiellement du 29 juillet au 3 août, mais à Pumpui il y a eu des événements du 26 juillet au 5 août.

Pour poursuivre dans notre tour d’horizon des lieux, juste en face du lieu d’exposition Mirador se dresse fièrement le chapiteau du Circus. Les après-midis y sont consacrés à des cours de jonglage pour les circassiens en herbe. Un soir, nous avons commencé à faire la queue pour voir un spectacle, mais très vite on s’est rendu compte que le ciel est menaçant. L’attente nous a semblé interminable. On pénètre alors dans le chapiteau, en nous asseyant docilement. Le public est attentif, la lumière se répand dans l’enceinte, un chien s’évade. Les acrobates s’avancent dans l’arène : « Ladies and gentlemen », puis, le noir !! On nous demande de partir vers le Mirador et fissa ! Nous pensons alors que cela fait partie du spectacle. On reste quelques secondes, puis voyant le mouvement de foule on se décide à sortir. La tempête a fait des dégâts et la prestation risque d’être entachée d’incidents. Nous n’avons pas pu voir le cirque… Nous avons donc assisté à la « performance la plus courte du monde », Masonna n’a qu’à bien se tenir !

Circus

Ateliers

O.Z.O.R.A. est un festival musical certes, mais il propose tout un éventail d’ateliers et de stands divers. Rassemblement néo-hippie s’il en est, les choix thématiques se portent sur le bien-être et l’exotisme. Le Dragon Nest/Agora par exemple est chargé en activités. Malheureusement, nous n’avons pu profiter ni des massages offerts, ni de l’énergétique. Cet atelier s’apparente d’ailleurs à un véritable spectacle : une femme à la coupe asymétrique propose d’évacuer les émotions négatives et de recentrer l’énergie des festivaliers par des passes théâtrales. Ses mouvements sont pleinement maîtrisés, une sorte de ballet d’un âge ancien, qui détend farouchement rien qu’en le regardant. Nous avons souvent revu cette dame, couchée, ou discutant sec avec quelques badauds ou collègues, sans doute sur les bienfaits de la métempsycose, enfin, cela ne nous regarde pas. Nous avons tout de même pu jouir des matelas disposés à l’étage. Une sieste de bon aloi, malgré la présence néfaste de mouches piquantes qui ont eu raison de la volonté de Clémence, partie au bout d’un moment se rassasier de percussions marocaines.

Magic GardenContinuons notre chemin. Quelques mètres après un panneau de crop circles, se trouve le Magic Garden, mignonne petite bicoque où sont préparés thés et infusions à effets thérapeutiques.

A côté, se dresse la Pyramid, devant laquelle un panneau indique « Om in the dome ». Car c’est ici que sont programmés tous les jours des cours de yoga, de danse, d’aïkido… ou encore de tai-chi yoga (très relaxant).

De part et d’autre de la Pyramid, se trouve une aire de jeux pour les enfants, et la Wheel of Wisdom, cercle de pierres empilées qui donne lieu tous les jours à une cérémonie (dont nous n’avons jamais vraiment saisi le sens !)

Un grand escalier nous mène ensuite à ce que nous appelons la rue des boutiques : la dénommée Market Area & Artisan Bazar. Surplombée par de gigantesques Adam et Eve de bois, cette zone est dédiée à toutes sortes de petites échoppes. Bijoux artisanaux, vêtements à la mode de la dernière teuf, champis en tricot, stand de nourriture de tous horizons : c’est un peu le centre-ville d’O.Z.O.R.A., mais c’est un peu le Moyen Age aussi ! Pour une raison que l’on ignore, le sol de la Market Area est complètement recouvert de paille, qui, après les fréquentes averses nocturnes, se gorge d’eau et fait sploutch sploutch quand on marche dessus, constellant au passage nos pieds et nos jambes de boue ! A chaque instant, on s’attend à voir débarquer du bétail ou pire, à surprendre quelqu’un verser son pot de chambre ou sa poubelle par la fenêtre ! Certes, nous avons une imagination débordante, mais nous n’avons pourtant pas rêvé lorsqu’un soir d’orage déchaîné, nous avons assisté à cette incroyable scène hors du temps : les propriétaires des stands, râteaux à la main, déblayant la paille de chaque côté de la « rue », laissant ainsi place à un véritable torrent de boue emportant tout sur son passage !

Boutiques

Face à la Market Area, les Main Bar & Restaurant (seuls lieux équipés de prises électriques destinées au public), et bien d’autres stands de nourriture végétarienne ou non, de jus de fruits frais, et même un Mini Market et un Fruit Shop où faire ses courses. En une semaine seulement, nous prenons nos petites habitudes : après un thé au Magic Garden, petit déj’ de pancakes, accompagné de café ou de jus de fruits, repas du midi consistant au Main Restaurant, et le soir, repas léger généralement végétarien dans un petit stand. Mais même au pays des hippies, le repas peut parfois être une source de stress… surtout lorsque l’on retrouve dans l’après-midi, exactement au même emplacement et dans la même position, le mec qui dormait déjà par terre à nos pieds au petit-déjeuner… « Tu crois qu’il est mort ? Il n’a pas bougé depuis tout à l’heure… Je devrais peut-être appeler la sécurité ? » Mais à notre grand soulagement, le mort a fini par se réveiller et à s’installer l’air de rien à notre table pour engouffrer une cuisse de poulet rôti !

Justement, en cas de mal-être et/ou de bad trip, se trouve à quelques pas de là le Haven, yourte où chacun peut se rendre à tout moment de la journée et de la nuit pour trouver du réconfort et des soins.

LabyrinthMais à présent, jouons un peu ! Pas au manège, que nous n’avons pas testé, mais au Labyrinth, ou Univerzoo. Perdus au beau milieu d’un champ de maïs, nous suivons tels des explorateurs une piste au fil de laquelle nous rencontrons de gros toucans et alligators fluos. Nous en avons bien profité, imaginant toutes sortes de scénarios farfelus. Au centre de cette construction végétale se trouve un âne en bois, « The Wicker Donkey » comme on pourrait l’appeler. Nous ne nous sommes pas perdus, mais nous avons pu entonner une version hippie de « Lost In The Supermarket » des Clash, changeant bien évidemment les paroles et le propos général !

Sur les hauteurs du site se tient l’imposant bâtiment de l’Artibarn, le paradis des manuels ! On peut y pratiquer le modelage, participer à des ateliers de céramique, ou encore s’amuser à rejouer une célèbre scène de Ghost lors des leçons de poterie.

MiradorA côté se trouve le Mirador, offrant une magnifique vue panoramique sur tout le site. Il héberge également une expo d’œuvres d’art toutes plus psychédéliques, fluos et kitsch les unes que les autres, et tout particulièrement le soir, sous l’influence des longueurs d’ondes violacées de la lumière noire. Les dessins sont faits à l’ordinateur et chargés de couleurs criardes. Ils sont tous plus laids les uns que les autres il faut bien le dire ! Nous avons d’ailleurs dû nous réfugier dans ce lieu après la fameuse tempête le soir de notre passage au cirque. Nous avons eu une heure et demie pour découvrir ces croûtes représentant des choses aussi appétissantes que des poissons aveugles gonflés à la mescaline et autres joyeusetés issues de cerveaux cramés.

Pour revenir à la Chambok House, après avoir manqué la plus grande partie d’une performance musicale donnée par une troupe New Age, nous nous sommes rattrapés en assistant à une séance de méditation à base de gong. Un Indien (très) poilu nous sert de gourou. Le public est debout au départ. On se tient par la main et on commence à psalmodier, en chœur et les yeux fermés, un « OM » massif et libérateur. Cela doit nous rapprocher les uns les autres et maintenir notre éveil envers Gaïa ou quelque chose d’approchant. Après, let the show begin! Nous nous allongeons. Guidés par la voix harmonieuse de notre instructeur, on se laisse bercer par les frappes discrètes du gong. La pulsation primordiale… L’exercice dure une heure. On voltige réellement vers un ailleurs bienfaisant. Cette béatitude est néanmoins quelque peu gâchée par les cris d’orfraie de son acolyte féminine ! L’incompréhension nous prend alors. Pourquoi cette voix disharmonieuse et effrayante ?? Bref, après l’étonnement et le malaise, on reprend nos esprits. Clémence a eu plus de mal à rentrer dans l’exercice. Il est vrai qu’il fallait se laisser aller pleinement et que ce n’est pas toujours évident.

Public/ambiance (boue, orage, Ozzie, etc.)

AmbiancePlus qu’un festival, O.Z.O.R.A. est une véritable petite ville, une communauté hippie bâtie en pleine nature et peuplée, une semaine durant, par toutes sortes d’énergumènes venus du monde entier. On en voit de toutes les couleurs : familles de hippies, teufeurs au look post-apocalyptique à la Mad Max, rastas… Mais nous croisons également quelques métalleux (et non, Clémence n’est pas la seule à arborer fièrement un tee-shirt Motörhead !) et même un mec rockab’ à banane gominée et tatoos Elvis ! Certains ont amené leurs enfants, ravis de l’opportunité de gambader dans la nature et la boue. Mais on sent une bienveillance générale. Tout le monde est high, très cool. Les tatouages sont portés avec fierté. Beaucoup de colifichets, de piercings aussi. Welcome to a new world! Certains n’hésitent pas à se plonger dans des bains de boue. Le cheveu se porte long évidemment et la convention est absente. Des spécimens nous ont marqué : le fameux Amérindien zarbi à moitié à poil. Une sorte d’Iroquois flippant, à la peau tannée, comme ses vêtements. Il porte de nombreux colliers et danse comme un maniaque ! Un spectacle étrange surtout quand il part dans des éclats de rire. A l’opposé, nous avons vu un cow-boy zarbi à moitié à poil. Sans doute un Hollandais, l’homme en question porte du cuir et danse sur place (« I keep dancing on my own »). Il nous a fait penser à ce fameux dessin punk des cow-boys se touchant la bite.

Un petit mot à propos de sanitaires et de propreté. Tout monde l’a compris : ce festival est roots, les maniaques du confort et de l’hygiène n’ont qu’à bien se tenir ! Pas de toilettes sèches par ici, mais de bonnes vieilles cabanes à l’ancienne au-dessus d’une grande fosse, avec indication de n’y jeter que du papier toilette (bien souvent inexistant : vive les Kleenex !) et recommandation de ne pas tomber dans le trou ! Pour se laver les mains et se brosser les dents : une sorte d’abreuvoir à vache muni de plusieurs bouts de tuyaux d’arrosage et approvisionné par une grande cuve d’eau non potable. Quant à la douche, il est recommandé de la prendre très tôt le matin ou la nuit, lorsqu’il y a peu de monde, afin de bénéficier d’un débit raisonnable, et d’avoir même de rares fois le privilège de pousser sa toilette jusqu’au shampooing. Mais aux heures de pointe, seul un mince filet d’eau fraîche s’écoule du tuyau et la douche se résume alors à un léger savonnage et à une tentative de rinçage. Tout cela est très rudimentaire, mais bien entretenu, des agents de nettoyage venant très régulièrement y mettre un bon coup de propre. Nous sommes également étonnés par le nombre de poubelles prévues et par la propreté du site : très respectueux, tout le monde pense bien à jeter le moindre papier ou mégot, et à débarrasser sa table après les repas. Comme quoi, guincher tout en restant civilisé, c’est possible !

BoueEn parlant de propreté, il ne faut pas négliger un aspect d’importance du festival : la boue ! Laissez-nous vous conter une histoire à ce propos (que nous avions promis de vous narrer, rappelez-vous de notre mention « to be continued… » écrite plus haut). O.Z.O.R.A. ne serait pas O.Z.O.R.A. sans l’orage, la tempête et les torrents de boue. Nous avons essuyé plusieurs nuits de pluie diluvienne. Cela a eu raison de notre tente la première fois. Pas encore suffisamment habitués aux joies du camping sous la pluie, nous n’avons pas été assez prévoyants. Le deuxième soir, nous avons voulu aller voir sur la Main Stage les légendes de la trance Goa israélienne : Astral Projection. Le tonnerre fait rage, les éclairs zèbrent le ciel et la pluie tombe sans relâche sur le dôme de la Chill Out Stage, où nous nous sommes réfugiés. Au bout d’un moment, nous décidons de quitter le lieu. Par un heureux hasard, un miracle peut-être, la pluie cesse juste à temps. Nous quittons notre abri d’un pas décidé… mais pas pour longtemps. Le sol n’est plus qu’une vaste étendue de gadoue pâteuse et glissante. Rassemblant tout notre courage, nous nous dirigeons prudemment en direction de la scène principale lorsqu’un obstacle des plus conséquents nous barre la route : un véritable lac de boue ! Nous balayons le site du regard, à la recherche d’un autre accès à emprunter, mais rien. Une jeune fille visiblement accoutumée à cette situation nous conseille simplement de nous déchausser et de foncer droit devant. En bons novices, nous ne voyons évidemment pas l’utilité de quitter nos chaussures car, portant des sandales bien usées, nos pieds sont déjà maculés de boue. Grossière erreur ! Sitôt les panards plongés dans l’immense mare visqueuse nous sommes happés vers le fond jusqu’aux genoux. Tâchant de nous extirper de la fange de toutes nos forces, nous comprenons d’un coup que nous y laisserons nos tongs… Par miracle, Olivier parvient à en récupérer une lorsqu’il aperçoit la seconde surnager à la surface de la flaque. De son côté, Clémence ne perd qu’une godasse sur deux, mais, obstinée, entame une lutte acharnée, les mains farfouillant jusqu’aux tréfonds du bourbier… et contre toute attente, elle finit par retrouver le précieux soulier perdu ! Ainsi est née la légende d’Ozzie, frère caché hongrois de Nessie, monstre marin qui hante les lacs de boue d’O.Z.O.R.A… Beware!!! Pour conclure, concert d’Astral Projection annulé pour cause de coupure de courant. Tout ça pour ça ! Nous n’avons plus qu’à nous réchauffer auprès du gigantesque feu qui brûle sans relâche tout le festival durant, comme entretenu par des vestales. En patientant au chaud, on entend de l’anglais, du français. Un type répugnant s’approche, visiblement défoncé, et nous propose des champis. L’homme a l’air louche, on fait comme si on ne saisit pas sa proposition…

Sinon, rien à redire sur l’organisation. Nous compatissons avec le personnel qui doit faire face parfois à des accès de mauvaise humeur du public, n’estimant pas être servi équitablement, bla bla bla. Plusieurs stands de nourriture sont disponibles, et nous avons pu nous repaître de quelques plats hongrois, mais surtout de burgers et de croquettes de légumes. Notre hongrois s’est d’ailleurs amélioré en devisant avec le personnel, et ainsi ne s’est pas uniquement limité à mosdok (toilettes, premier mot que nous avons vu en arrivant à l’aéroport de Budapest !).

Conférence d’Olivier + Raja Ram

On en vient maintenant aux conférences d’Olivier et de Raja Ram. En effet, la Chambok House est l’endroit « intellectuel » du site, où des personnes parlent de sujets divers. Olivier est programmé le jeudi 31 juillet juste avant Raja Ram. Le public de sa conférence est relativement nombreux. Après quelques cafouillages techniques qui ont fait perdre du temps, il a pu commencer son topo : une présentation des grandes lignes résumées de son livre, Anthologie de l’ambient ; elle a duré une heure. Il y a eu de bons retours à sa conférence : un Allemand a voulu savoir si le livre est traduit en anglais ou en allemand et une Hongroise a félicité Olivier pour sa présentation et lui a demandé quelques précisions stylistiques.

Papa Raja

Puis, entre Raja, le « Godfather of the festival ». De son vrai nom Ronald Rothfield, nous le surnommons désormais Papa Raja, car nous l’avons, en quelque sorte, adopté comme père spirituel. Il va sans dire que la Chambok House est blindée ! Tout le monde veut voir le gourou. Raja a donné une autre conférence le dernier jour. Le 31 juillet, il s’agit d’une intervention à propos de l’éveil spirituel, et ce jeune homme de presque 75 ans, casquette orange fluo vissée sur une tignasse grisonnante, attaque de but en blanc : « Mais l’illumination, vous croyez que c’est quelque chose qui vous tombe dessus comme ça dans la rue ? Sinon, vous pouvez faire comme les moines et essayer de l’atteindre en jeûnant, mais bon, c’est plutôt long et contraignant…! » Et d’enchaîner sur son parcours, ses expériences de vie, lui, jeune Australien naïf qui quitta tout du jour au lendemain pour réaliser ses rêves : sillonner l’Europe, vivre à New York. Dans la misère, certes, mais à New York, putain ! Et faire des rencontres, et faire la fête, et prendre des drogues. Jouer de la musique, danser. La vie quoi ! Oui, dit comme ça, ça peut paraître très cliché, voire même simpliste. Mais pas mal de gens perdent de vue ce genre de moments que beaucoup pensent futiles, et la plupart d’entre eux finit totalement aigrie… Car le bonheur tient parfois à peu de choses : la fête, le LSD et la discrimination des personnes qui nous sont néfastes ; la sainte trinité de Raja Ram ! Sans forcément se limiter à cela, bien évidemment, il nous rappelle qu’il est avant tout important de mener une vie plaisante, entouré de sa famille et de gens qui nous aiment sincèrement. Pour lui, des rassemblements comme O.Z.O.R.A. sont importants car ils permettent à des gens de tous horizons de se rencontrer et de partager un moment festif en se retrouvant tous sur la même longueur d’onde. Lui-même se rend à chaque nouvelle édition depuis des années, et dit y emmener petit à petit toute sa famille. L’homme est affable et aisément abordable. Assis sur le côté droit de la scène, nous n’avons pas perdu une miette de l’exposé de Papa Raja.

Eléments cocasses : au milieu de sa présentation, Raja a soif. Il se saisit alors de la bouteille d’eau attribuée à Oliver pour sa conférence ! En effet, ne trouvant aucune bouteille à ses pieds, il regarde autour de lui et prend son eau ! Le lien spirituel est créé ! Après sa conférence, une espèce d’énergumène complètement stone a remercié chaleureusement Raja et a voulu raconter ses histoires perchées barbantes. A pain in the arse! La donzelle s’est d’ailleurs placée juste à côté de lui pendant toute la présentation. On le félicite après son intervention. On évoque la possibilité de faire une interview durant le festival, Olivier lui donne sa carte et lui explique qu’il a écrit un livre sur l’ambient. L’interview réalisée par Olivier avec Raja est disponible sur Musid. Mr Ram a été très occupé durant le festival, puisqu’il a joué aussi avec Shpongle et son ami taciturne Chicago.

Conclusion

O.Z.O.R.A. est un festival sensationnel. Les vibrations sont excellentes. Cela a permis à Olivier de se faire connaître et de réaliser une présentation en anglais. Le fait d’arriver en tant que VIP a été aussi pour nous une certaine source de fierté. Tout le monde dans l’organisation du festival a été charmant. Nous ne remercierons jamais assez Csaba, Fruszina (et Gerely pour nous avoir donné cette opportunité de nous mettre en contact avec Raja Ram). Le milieu psytrance est une grande famille, et même si l’on n’apprécie pas forcément ce type de musique, on ne peut pas être insensible à l’atmosphère assez féerique qui se dégage de l’endroit, perdu dans les vapeurs d’encens nag champa. L’édition 2015 aura lieu du 3 au 9 août prochain. Nous y retournerons sans doute et nous espérons vous avoir convertis. Et sur ces belles paroles, nous n’avons plus qu’à vous dire… THANK YOU, GOOD NIGHT, WE LOVE YOU ALL !!!

Laisser un commentaire