ZERO THEOREM, Terry Gilliam (2013)

zero_theorem… ou comment gâcher sa vie en cherchant obsessionnellement son sens ?

Synopsis :

L’histoire se déroule dans un futur proche au cœur de l’effervescence londonienne bariolée de couleurs flashy et peuplée de personnages clownesques. C’est dans une chapelle abandonnée que le protagoniste Qohen Leth a bâti sa forteresse de solitude, où il attend comme le messie un coup de téléphone qui lui révélera le sens de sa vie. Sortir de chez lui devient une véritable torture pour ce génie de l’informatique, aussi parvient-il à convaincre son supérieur Management de le laisser travailler à domicile. Faveur accordée, à condition de s’atteler à un projet secret, « Zero Theorem », visant à prouver que l’existence n’a aucune finalité…

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Certains diront que ce dernier film n’est qu’une pâle copie ratée de Brazil… Terry Gilliam n’atteint certes pas la virtuosité de certains de ses précédents chefs-d’œuvre, mais il opère tout de même un retour aux sources plutôt inspiré et plus convaincant que le décevant Frères Grimm ou l’indigeste Imaginarium du Docteur Parnassus.

Avec Zero Theorem, nous retrouvons effectivement une thématique et une esthétique chères au réalisateur, celles d’une dystopie carton-pâte criarde où l’absurde bureaucratie kafkaïenne côtoie le totalitarisme orwellien. Incarné par un étonnant Matt Damon, le personnage de Management, à l’instar de Big Brother, règne en maître sur une cité futuriste, où tous les habitants, sans exception, sont utilisés comme instruments de ses manœuvres et esclaves des nouvelles technologies. Ultra-connectés, surchargés d’un travail abrutissant, matraqués de publicités à chaque coin de rues, observés dans leurs moindres faits et gestes… les gens ne sont plus maîtres d’eux-mêmes. Solitaire et angoissé par cette vie à cent à l’heure, le personnage de Qohen, campé par un Christoph Waltz des plus touchants, se détache du lot et préfère vivre dans un isolement devenu pathologique en persistant à attendre le fameux coup de fil salvateur. Il va cependant s’ouvrir peu à peu aux autres grâce au fils geek de Management, Bob (joué par le prometteur Lucas Hedges), et grâce à la sulfureuse call-girl au grand cœur Bainsley (Mélanie Thierry). Il comprendra ainsi qu’il ne tient qu’à lui de donner un sens à sa vie.

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Le thème de la contre-utopie cauchemardesque peut évidemment paraître redondant, des tas d’écrivains l’ont exploité depuis des années, Terry Gilliam lui-même s’est emparé du sujet à plusieurs reprises. Mais il faut admettre que l’ancien Monty Python excelle à décrire, à travers ces anticipations, notre société qui tend à devenir de plus en plus trash et accablante. Beaucoup s’insurgent face à la plastique baroque tapageuse et kitch à souhait des décors et aux effets spéciaux papier-mâché, mais ils retranscrivent pourtant à la perfection les outrances de notre civilisation. Quant à la question du sens de la vie, elle aussi peut s’avérer déjà-vue. Il s’agit tout de même d’une interrogation qui taraude l’humanité depuis toujours, mais qui semble pourtant à l’heure actuelle échapper peu à peu aux gens, de plus en plus manipulés par un système et des technologies qui ne les poussent plus à réfléchir et agir par eux-mêmes. Ce qui était de la pure science-fiction à une époque devient malheureusement notre réalité quotidienne… et je remercie Terry Gilliam pour cette piqûre de rappel joyeusement acerbe !

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