PUB ROCK LEGENDS au Transbordeur (Villeurbanne) le 18.10.11

Le pub rock est le style qui allie à merveille tout ce que je préfère dans la musique : des racines blues et une énergie rock annonciatrice du punk. Je m’empresse donc d’investir dans trois places (pour mon frère, un ami et moi) sitôt découverte cette affiche de rêve qui promet une soirée mémorable, avec au programme, comme son nom l’indique, trois groupes de légende : Eddie And The Hot Rods, Nine Below Zero et Dr Feelgood. Première bonne surprise de la soirée : les concerts ont tous lieu dans la petite salle du Transbo (ma préférée !) Proximité des artistes avec le public, proximité du public avec le bar : ambiance pub et conviviale garantie !

C’est le groupe Rhône-alpin Classic And Troubles qui ouvre le bal, mais, enthousiasmés par la soirée en perspective, nous nous attardons quelque peu durant le petit before organisé chez moi, et arrivons sur place pour leur dernier morceau… dommage, nous n’en saurons pas plus sur ce groupe ce soir-là…

Un premier changement de plateau nous laisse le temps d’entamer une pinte et de nous caler devant la petite scène, et déjà le groupe Eddie And The Hot Rods fait son entrée survoltée. Comme si les 70’s étaient hier, les fringants rockers ne perdent pas de temps à nous transmettre leur énergie (malgré un bras dans le plâtre pour le chanteur). Le plaisir de jouer qu’ils affichent est vraisemblablement sincère et franchement communicatif : ils prennent leur pied sur scène et ça se sent ! Dès les premières mesures, le groupe me colle la banane, et je suis partie pour la garder dans les semaines à venir… tout comme certains morceaux qui me restent en tête et que je me surprends encore à chantonner à l’heure où j’écris (« Do anything you wanna do… ! ») Pour moi, c’est LE concert de la soirée : un show simple et efficace comme je les aime, donné par des musiciens enjoués et généreux, durant lequel on se laisse tout simplement aller à danser et chanter sans réfléchir. Le groupe termine avec Gloria de Van Morrison repris en chœur par un public désormais chauffé pour les concerts à venir.

Un nouveau changement de plateau, une nouvelle pinte, et c’est au tour de Nine Below Zero d’investir les lieux. Plus pépères que le groupe précédent, les bluesmen n’en sont pas moins bons pour autant. Ils nous livrent un set plus cool composé de leurs propres morceaux ponctués ici et là de riffs légendaires empruntés à divers guitaristes tels que John Lee Hooker ou Jimi Hendrix, pour ne citer qu’eux, clins d’œil d’autant plus touchants lorsque l’on sait que les membres de ce groupe ont côtoyé les plus grands (Rory Gallagher, notamment, pour la plupart d’entre eux). Très satisfaits à l’issue de ce concert, nous nous dirigeons une fois de plus vers le bar pour commander une autre pinte et patienter jusqu’à l’arrivée sur scène du groupe le plus attendu…

Et là, grosse déception ! J’étais convaincue que Dr Feelgood donnerait le meilleur show de la soirée, mais il s’avère, en fait, être le plus décevant. Parmi les musiciens sur scène, aucun ne fait parti de la formation originale (et c’est d’autant plus frustrant lorsque l’on sait qu’un concert de Wilco Johnson est prévu dans la région même pas deux mois plus tard…) Le guitariste, dont le niveau est déjà suffisamment élevé en façade, est complètement sourdingue et ne cesse d’augmenter le volume de son ampli, au point de couvrir tous les autres musiciens et de rendre le concert inaudible : même avec des boules Quies, nous ne tenons devant la scène que le temps des premiers morceaux, puis négocions un repli stratégique vers le bar pour soulager nos acouphènes et noyer notre dépit dans une autre pinte… Histoire d’ajouter encore un peu de pathos à la scène, la cougar complètement perchée, qui était venue draguer successivement mon frère et mon pote pendant les concerts précédents, me tombe littéralement dans les bras en pleurant et en me suppliant de la pardonner (à propos de quoi ? Mystère ! Je ne le saurais jamais, mais je l’ai pardonnée quand même !) Le concert se termine enfin par une réunion de tous les groupes sur scène, malheureusement couverts par le son dégueulasse et omniprésent du guitariste de Dr Feelgood…

Le sort décide alors de se montrer plus favorable et nous fait tomber nez à nez avec un billet de vingt euros négligemment abandonné sur le sol et qui nous permet, avec l’argent qui nous reste, de nous offrir une dernière tournée ainsi que des tee-shirts Eddie And The Hot Rods pour les gars. Nous sommes d’ailleurs surpris et ravis de constater que le batteur de Nine Below Zero tient lui-même le stand et s’empresse d’appeler les musiciens d’Eddie And The Hot Rods pour leur annoncer qu’ils viennent de faire une vente. Je me retrouve alors à parler chiffon avec leur bassiste et lui suggère de prévoir des tee-shirts pour filles sur la prochaine tournée car selon moi, la taille small pour homme qu’il essaie de me fourguer n’a rien à voir avec une coupe de tee-shirt pour femme (débat de haute importance auquel il prend part, même si je lui avoue, de toute manière, ne plus avoir un sou en poche pour lui acheter quoi que ce soit, et que des fans impatients trépignent derrière moi pour prendre des photos avec leurs idoles ou se faire signer des autographes). Sur ce, j’attends que tout le monde ait le dos tourné pour décoller une affiche du mur en souvenir du concert (les mêmes sont en vente à cinq euros au stand, et je trouve ça un peu exagéré !) Nous partons finalement à la fermeture de la salle, après qu’un vigile zélé soit allé chercher jusque dans les toilettes mon frère et mon pote pour leur exiger de quitter les lieux… En conclusion, ce concert a rassemblé à lui seul le genre d’instants que j’adore mais qu’on n’a plus assez l’occasion de vivre : des prestations rock’n’roll et mémorables, la rencontre avec des artistes sincères et généreux, et des actions rigolotes et complètement absurdes tout au long de la soirée. Comme quoi, même si j’ai parfois des doutes à ce sujet : ROCK’N’ROLL IS NOT (COMPLETELY) DEAD !

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