Dune, un article web intéressant

Vous Trouverez ici un article Web qu’il est aujourd’hui impossible de retrouver sur le Web, nous n’en sommes pas l’auteur, mais voulions quand même vous en faire partager la lecture ! 

Ne pas lire de la SF sous prétexte que ce n’est pas de la littérature, je trouve cela stupide, mais je l’accepte.

Ne pas lire DUNE sous prétexte que c’est de la SF, c’est un blasphème que je veux corriger.

Pourtant, je dois l’avouer, à la seule pensée que certains esprits s’estiment trop cultivés pour entrer dans l’œuvre de Franck Herbert, je souris, satisfait de leurs lacunes.Mais passons. Je ne vous raconterai pas l’histoire de Dune. D’autres pages le font très bien. Ou alors je vous la raconterai sous un angle différent. Oui, l’idée me plaît.

Chacun sait qu’au centre de Dune, il y a le Bene Gesserit, un regroupement de femmes (une secte?) à la hiérarchie très poussée. Cette idée apparaît déjà dans un des premiers romans d’Herbert, Et l’homme créa un Dieu, où les femmes s’organisent dans une société secrète pour contrôler leurs maris, personnages éminents de l’administration.

Pour en revenir au Bene Gesserit, ce nom vient du latin. Bene veut dire « Bien », et Gesserit vient de Gero,ere,gessi,gestum. C’est un futur antérieur actif, qui signifie   » porter, mener « . L’expression tout entière signifie « il (elle) aura bien mené, porté ». Mené quoi ?

Cela nous le comprenons dans les derniers tomes de Dune. Le Bene gesserit est un groupe conçu pour sauver la race humaine, pour lui permettre une seconde naissance (et l’on comprend mieux le terme « porter »).Le Bene Gesserit n’est donc autre chose qu’un autre sentier d’or, prévu par le Tyran.

Pour Herbert, le Bene Gesserit a créé des religions lui permettant de contrôler les peuples. Seul problème de ces femmes, elles tombent rapidement dans un eugénisme radical et dangereux. Elles jouent à l’apprenti sorcier en tentant de combiner plusieurs qualités génétiques. Mais elles échouent à une génération près, et Herbert reprend alors le mythe de la créature qui échappe à son créateur, le mythe de Frankenstein. Paul Atréides est cet homme qui refuse son destin. Il se libère du Bene Gesserit, représenté par sa mère Jessica, et aide ceux qu’il devait contrôler, les Fremen. (free-men ?)

Par les actions de Paul, Franck Herbert récrit le mythe de Prométhée, homme qui vola le feu aux dieux pour l’offrir aux hommes. D’ailleurs le roman de Frankenstein était sous-titré «  le Prométhée moderne  » . Paul change de nom (et le nom fait changer les actes); il devient Usul, la base du pilier, c’est-à-dire que Herbert veut construire un monument autour de Paul. Et c’est pourquoi il n’y a, dans le cycle de Dune, que des descendants de Paul.
En parlant de Paul et de sa descendance, on peut s’interroger sur le nom du duc, et de Paul son fils: Atréides. Cela réfère, à une lettre près aux Atrides, célèbre famille dans la mythologie grecque. L’histoire d’Atrée et de sa descendance a été racontée par Eschyle, poète tragique grec du V ème siècle. La Maison royale d’Atrée est fameuse car marquée d’un destin funeste: son ancêtre le plus connu est Tantale. Ce mortel était honoré par les dieux, il mangeait même à leur table. Un jour, sans raison apparente, il tua son fils unique Pélops, puis l’ayant fait bouillir dans un grand chaudron, il le servit aux dieux.

Les Immortels le punirent par le châtiment qu’on connaît. Ils redonnèrent alors vie à Pélops. C’est le seul descendant de Tantale qui eut de la chance. Mais la fille de Pélops, Niobé, nous rapproche de Dune. Elle vivait heureuse, riche et comblée. Orgueilleuse, elle dit un jour aux Thébains :

 » Vous brûlez de l’encens pour Léto (mère d’Apollon et d’Artémis), mais que vaut-elle auprès de moi ? Je suis belle, honorable, riche : je suis Reine. Je suis trop grande pour que quiconque, homme ou dieu, ne puisse me faire du mal. Elevez un temple à ma gloire, renoncez à Léto  » .

Ces mots lui furent fatals, puisque les dieux tuèrent tous ses enfants et la transformèrent en un rocher. (A leur façon, ils avaient exaucé sa prière, et élevé un rocher à sa gloire). Reste le fils de Pélops, Atrée. Ce roi eut pour fils Agamemnon et Ménélas, connus pour leur rôle dans la guerre de Troie et pour leurs crimes. Agamemnon sacrifia sa fille Iphigénie pour faire cesser les vents lors du siège de Troie. Sa femme, Clytemnestre ne lui pardonna jamais et, à son retour, le tua avec l’aide de son amant, Egisthe. Plus tard, sur les ordres des dieux, Oreste, fils d’Agamemnon, venga son père en tuant sa mère et l’amant. Après un procès divin, Oreste fut acquitté de ce matricide. C’est alors, et alors seulement, que prit fin la malédiction des Atrides.

On le voit, cette famille, Atrides ou Atréides, entretient d’étroits rapports avec les dieux. Ils les craignent, les offensent, ou leur obéissent. Herbert a voulu reprendre ce nom pour recréer une famille condamnée à tuer (c’est ce que craignait Paul: un terrible jihad), condamnée à maudire les dieux et pourtant à leur obéir. Tout n’est après tout qu’une question d’orgueil, d’hybris pour reprendre le terme latin, Tout a commencé parce que le Duc Leto a relevé le défi de ce nouveau fief que lui offrait l’Empereur, un fief au nom désormais célèbre : DUNE.

Paul devient voyant, il domine l’épice, mais ce n’est pas le Kwisatz Haderach, c’est autre chose, L’histoire de Paul est celle d’un Dieu qui a perdu la foi. Il devient victime des manœuvres du Bene Gesserit, C’est un dieu vivant. Il a tenté de réduire le jihad (le mot existe réellement, il désigne une guerre de religion chez les musulmans), il a découvert l’amour avec Chani, mais c’est un homme fatigué qui se retire dans le désert, épuisé par les pièges ennemis. Paul a passé sa vie à se chercher, et chose horrible, il se trouve. Il fuit dans le désert, aveugle. Cette infirmité est symbolique.

Dans l’Antiquité, le devin Tirésias était aveugle; de même Homère. L’aveugle est celui qui voit, paradoxalement, plus loin que les autres. On peut donc dire que Paul accepte son destin, il part mourir en odeur de sainteté, mais il sait ce que les autres ne savent pas; il connaît l’avenir et les futures forces de son fils.
« Les enfants de Dune »: un titre plus précis qu’on ne le croirait. Leto et Ghanima sont nés sur Arrakis, ils sont fremen avant tout. Ce sont donc les porte-parole du groupe. D’ailleurs ces enfants représentent le renouveau de Dune, sa seconde naissance avec l’arrivée de l’eau. H2O, voici la formule qui donne la vie. On peut donc dire que les enfants de Dune, ce ne sont pas exclusivement Leto et Ghanima, mais tous ceux qui sont nés grâce aux efforts de leur père. La végétation de Dune est à elle seule un Ghanima, un « trésor de guerre ». Quant au nom de Leto, il symbolise évidemment le passé (le père de Paul s’appelait Leto également), le futur (c’est le fils de Paul), mais c’est également une prolepse sur le futur de chaque homme (en effet le premier fils de Paul, tué par les Harkonnens, s’appelait Leto). Ce futur empereur-dieu fait donc la symbiose entre passé et futur, entre vie et mort. Il va reprendre le rôle de son père, en l’accentuant, il va s’aider du savoir de ses ancêtres, mais pour créer un monde nouveau, même si les hommes et leur instinct de mort s’y refusent.

On retrouve ici les idées de Freud, idées chères à Herbert, ancien psy, qui pensait que les hommes étaient guidés inconsciemment non par le désir d’être riche, d’être reconnu, mais par celui de se détruire. Leto II est celui qui canalise les forces humaines, qui fait barrage à leur violence. C’est le combat de l’Eros et du Thanatos, de la pulsion de vie et de celle de mort. Il veut forcer les gens à être libres, malgré le paradoxe d’une telle action. Il veut leur rendre cette liberté qu’ils s’étaient eux-mêmes refusés en acceptant les prophéties. (cette idée de rendre libres les gens, par la force s’il le faut, a été sûrement donnée à Herbert par le Contrat Social de Rousseau.)

En cela Leto II est aidé par Monéo, son fidèle ministre. On peut lire peut-être par Monéo une déformation du verbe latin maneo, rester, persister. L’Empereur-Dieu doit conduire l’humanité vers un avenir encore non-vu, et pour persister sur cette voie, il a besoin des gènes de Moneo. On voit à quel point Herbert joue avec les mots.
D’ailleurs la fille de Monéo, Siona, continuera dans la lancée paternelle, à contrecœur certes, ou mieux à contre-courant. Elle nous est présentée pour la première fois comme courant, c’est-à-dire non-immobile, mais mouvante, glissante, fuyante. C’est exactement ce que veut Léto, quelqu’un qu’on ne pourra pas rattraper. Siona est la première à n’être pas vue par les prescients.

C’est aussi la femme qui se révolte contre celui qui l’a créée. Herbert écrit donc à l’envers les premiers tomes de Dune, c’est désormais une femme (Siona), et non un homme (Paul) qui se rebelle contre son créateur (Leto, qui n’a fait, il l’avoue lui-même, que reprendre le programme génétique du Bene Gesserit.). Siona va donc être la première femme d’un nouveau monde, et il faut la voir comme une Eve moderne, puisqu’elle va enfanter tous les autres hommes.

De plus, en jouant toujours avec les noms propres, Herbert nous fait comprendre que Siona est la première à vouloir vivre, à désirer une indépendance vitale. Et ce désir d’indépendance la met hors-société, et hors-la-loi. Siona vient de Sion, une montagne de Jérusalem. Cela a donné le mot Sionisme, qui représente le mouvement dont l’objet fut la constitution, en Palestine, d’un Etat juif. Siona est celle qui veut fuir pour survivre. Et d’ailleurs celle qui fuira réellement, celle qui sera réellement chez elle loin des autres, c’est Sheeana, qui n’est qu’une déformation de Siona. Dans un chapitre des Hérétiques je crois, on voit d’ailleurs ces juifs vivre cachés, et la peur qu’ils ressentent leur fera dénoncer une Révérende Mère.

Herbert reprend donc des thèmes contemporains pour leur donner un avenir.
S’en suit un cache-cache amusant entre Leto II mort, et le Bene Gesserit avec une phrase tragique : « Tout aura une fin, même cela », et Herbert reprend alors le topos du memento mori, « souviens-toi que tu vas mourir  » pour faire accepter stoïquement la mort à celles qui ne meurent pas, les Révérendes Mères.
Nous pouvons étudier le nom de Leto d’une façon tout à fait positive. Nous avons déjà vu que Leto était la mère d’Artémis et d’Apollon. Or Artémis était la déesse chasseresse, et déesse de la lune. Et comment se définissait Leto ? Comme un prédateur. Il chassait les proies les plus faibles. Une étrange sélection (non)naturelle. Le lien entre les deux personnages est évident. Les deux dévorent les faibles, et renforcent la puissance des autres. C’est ce que désirait Leto : un monde suffisamment fort pour survivre à lui-même. Quant à Apollon, C’est le dieu qui guérit, le dieu de la Lumière, celle qui interdit toute ombre, et c’est par dérivation qu’il devint le dieu de la vérité. Enfin il possédait deux qualités qui nous rapprochent de Leto : il était prescient, et coïncidence extrême, il était appelé le purificateur, car il pouvait laver ceux-là mêmes qui s’étaient souillés du sang de leur famille.

On retrouve alors l’histoire des Atrides. Leto, l’empereur-dieu, est donc celui qui doit laver sa famille, la purifier. La laver de la légende de Paul, d’un possible jihad. Il doit purifier le monde des mains impures des Atreides, détruire ce que son père Paul avait construit, ce que sa mère et le Bene Gesserit avaient essayé d’obtenir depuis des siècles : lui-même. Il se donne la mort, il sauve les hommes grâce au sentier d’or, il détruit l’avantage des prescients grâce à Siona, il affirme, à sa mort, la seule valeur qui subsiste dans un monde de guerre : l’amour.

Mais revenons à Dune (bien que nous ne nous en sommes jamais réellement éloignés).
Leto était un Dieu, il était donc immortel, mais par l’amour de Hwi Noree, la femme parfaite, son opposé, il redevient un homme, il aime. Il doit donc mourir puisque c’est le propre de l’Homme.

Ce n’est pas un cliché de dire que Leto aime à en mourir (sans paraphraser Cabrel). Cette double mort, qui est un écho à celle de Roméo et Juliette (thème repris souvent, disons-le, par un autre auteur de SF, mais français, Barjavel. Cf. La nuit des Temps et Le diable l’emporte) se fait significativement sur un pont, qui est un lieu de transition, et sous l’eau, symbole de vie, mais aussi de mort pour Leto, symbole de l’oubli (le Léthé), symbole du temps qui passe. Les deux amants vont donc y tomber et succomber à cet attentat que je veux appeler suicide.

En effet Leto doit mourir pour que naisse un avenir incertain, pour que l’homme apprenne à se servir de son propre entendement (cf. Kant : » Les lumières c’est pour l’homme la capacité de sortir d’une minorité qui n’est imputable qu’à lui. La minorité, c’est l’incapacité de se servir de son propre entendement. Il est si facile d’être mineur… » Leto veut donc, après avoir éduqué l’homme, le libérer. « Maintenant, tu apprendras », souffle-t-il tombant du pont.

Herbert a donc écrit un roman d’apprentissage où l’on ne voit que la figure du maître, et c’est bien normal, puisque l’élève, c’est nous. L’Empereur-Dieu est empereur, c’est-à-dire supérieur aux hommes non par ce qu’il vit plus longtemps, mais parce qu’il ne veut pas connaître son avenir. Il éduque l’homme pour le libérer. Comme l’écrira Gide en 1897 : « Quitte-moi, Quitte-moi. Maintenant tu m’importunes. Je suis las de feindre d’éduquer quelqu’un. Quand ai-je dit que je te voulais pareil à moi ? C’est parce que tu diffères de moi que je t’aime ; je n’aime en toi que ce qui diffère de moi . » Leto meurt pour s’éloigner de l’homme.

C’est alors la débâcle. Les hommes se sentent libres de nouveau et commettent des guerres, librement. C’est ce que Herbert, entre autres, a appelé  » la compression du ressort ». Le meilleur moyen de déchaîner un peuple, c’est encore de l’humilier, de le serrer, de le faire obéir aveuglément. L’empereur dieu a réussi son pari puisque les hommes décident de voyager, de fuir. Le ressort se relâche. Et c’est cette expansion qui va permettre la survie de l’homme.

Désormais la race humaine ne pourra plus être éteinte, puisque les hommes sont partout… C’est ce que Herbert appelle la Dispersion, et il faut voir sous ce mot, bien entendu, la Diaspora du VIème siècle avant J.C, où l’ensemble des communautés juives s’établirent hors de Palestine, à partir de l’Exil. Les hommes, chez Herbert, fuient également la terre promise, puisqu’ils n’y trouvent que malheur et mort, et partent à la recherche d’un autre pays de Canaan.

Chez Herbert, comme chez Hobbes, l’homme est un loup pour l’homme, et c’est pour cela qu’il ne peut pas être un animal social (cf. Aristote).
(Mal)Heureusement, les hommes qui ont fui ont perdu certains acquis, mais en ont regagné d’autres. Ainsi reviennent de la dispersion des Honorées Matriarches (on retrouve toujours la notion de gestation avec cette racine mater). Ces femmes sont d’anciennes Révérendes Mères qui ont oublié leur rôle. Elles ont trouvé un dérivé de l’épice, elles ont développé leurs muscles mais atrophié leur mémoire seconde. Surtout, elles se servent de l’orgasme comme d’une drogue. La guerre reprend entre les Révérendes Mères et ces femmes infâmes.
Bientôt les Honorées Matriarches prennent le dessus ; elles sont plus nombreuses, plus radicales, plus puissantes. Mais cela permet au Bene Gesserit de comprendre ses défauts : trop sage, trop administrée, le groupe apparaît comme futur vaincu. Il lui faut reprendre souffle, et reprendre vie. Car les Mères ont toujours à l’esprit le mot de Leto II « Tout aura une fin, même cela « . Aussi vont-elles tenter de survivre non pour 100 ans, non pour 1000 ans, mais pour l’éternité. Elles vont s’unir aux Honorées Matriarches, grâce à Murbella. Cette union indispensable leur permet de reprendre vie. Car si elles avaient combattu, nul doute que la Maison des Mères aurait subi le même sort que Dune. Cela me fait penser (bêtement peut-être) à cette fable de La Fontaine, celle du roseau et du chêne, où un terrible vent déracine l’arbre robuste, non le roseau pourtant si fragile, parce que celui-ci a su se courber. Il en va de même pour le Bene Gesserit, qui perd en rigueur pour gagner en vitalité.

Finalement l’humanité survit, le Bene Gesserit aussi, et il reste beaucoup de choses à réaliser dans ce monde-là. Mais Sheena, Duncan et d’autres (Scytale,…) prennent un non-vaisseau pour fuir. Où ? Ils ne le savent pas eux-mêmes. Tant mieux. La femme la plus libre de l’univers fuit avec l’homme le plus intelligent de son temps. Ils réalisent une seconde diaspora, une fuite loin des autres, ils vont tenter de refaire un monde ailleurs, avec un ver des sables. Vont-ils refaire un autre Dune ? Scytale va-t-il recréer Paul (il en a les gènes dans sa poitrine) ? Nul ne le sait et l’auteur pas plus que nous.
Car qui sont ces deux jardiniers de la fin du cycle, sinon Franck Herbert et son épouse ? L’auteur veut nous faire comprendre qu’il cultivait l’idée d’un monde futur, avec ses problèmes et ses échecs, mais aussi avec ses réussites. Il a créé Duncan Idaho, qui deviendra mentat. Il sera d’ailleurs mieux qu’un mentat puisqu’il traversera le temps et le livre-même pour communiquer avec le jardinier, avec Herbert, son véritable créateur.

Il n’y a qu’une histoire dans Dune : celle d’une créature qui regarde son créateur pour lui poser cette terrible question : Pourquoi suis-je là ? C’est cette question que se posait Paul, c’est cette question que posait le ghola Duncan à l’empereur Dieu. Pourquoi moi, pourquoi ici et là ? Et le jardinier se garde bien de répondre à Duncan, il se garde bien de le retenir. Au contraire, il le laisse partir. Herbert a créé des personnages si vivants qu’ils lui échappent. C’est le premier sens de cette fin. Le second sens, c’est qu’il ne faut pas chercher son créateur pour lui demander la raison de notre naissance, mais qu’il faut vivre en échappant si possible à ses regards indiscrets. C’est pour cela que fuient Duncan et Sheena. Ils refusent une quelconque autorité, ils nient toute prédestination. Ils déchirent le cordon ombilical qui les reliait à Paul, à Leto, à Dune, à Herbert même. Ils vivent.

Comme le disait si bien Joyce :

« They lived and loved and laughed and left »

Voici donc quelques clés pour mieux comprendre Dune. On peut regretter qu’à ce jour, aucune étude sérieuse sur le sujet n’ait été entreprise. Il semble que les universitaires préfèrent étudier des questions primordiales comme le poulet rôti dans l’œuvre de Faulkner ou encore l’absence signifiante de nains de jardin dans l’œuvre de Gide. Ne les contrarions pas et tentons de réfléchir par nous-mêmes, puisqu’ils s’y refusent.
Je ne prétends pas à la perfection de mes propos, aussi veuillez m’écrire pour me corriger.
Nous aurions pu également parler des livres antérieurs à Dune, comme l’excellent Et l’homme créa un Dieu, où Herbert émet pour la première fois ses idées sur la religion, sur les capacités mentales des hommes et sur la suprématie des femmes. Il est vrai qu’on se laisse aisément abuser par ces si douces créatures (surtout si elles sont blondes, pour ma part).Mais ceci est un autre sujet…

Auteur : banal@caramail.com

Laisser un commentaire