THE STOOGES, Fun House

 

 

 

 

 

 

THE STOOGES
Fun House
1970
Etats-Unis
Garage rock

Chant : Iggy Pop (Iggy Stooge). Guitare : Ron Asheton. Basse : Dave Alexander. Batterie : Scott Asheton (Rock Action). Saxophone : Steven McKay.

01. Down On The Street
02. Loose
03. T.V. Eye
04. Dirt
05. 1970
06. Fun House
07. L.A. Blues

« Les Stooges sont une bande de paresseux défoncés pratiquant une musique ennuyeuse et régressive destinée à des gens ennuyeux et régressifs. » Chris Hodenfield (Rolling Stone Magazine)

« La première fois que j’ai écouté Fun House ça m’a franchement fait gerber… » Lester Bangs (Creem Magazine)

Attention ! Ça va chauffer…
S’il y a encore parmi vous quelques alchimistes téméraires en quête d’une éventuelle pierre philosophale rock, un conseil : allez vite voir du côté d’Ann Arbor (Michigan) en 1970, vous ne pourrez pas louper l’aciérie démoniaque contenue dans ce deuxième album des Stooges.
Un an tout juste après leur premier album éponyme (produit par John Cale) et peu remarqué par les critiques de l’époque, malgré quelques perles qui de nos jours sont entrées au Panthéon du rock mondial (« I Wanna Be Your Dog », « No Fun »…), la clique d’Iggy est de retour, déversant encore et encore son magma sonore sur la grisaille de Détroit.
De prime abord, il n’y a rien de vraiment attrayant dans les 36 minutes (montre en main) de cet album enregistré à L.A. en son live : froideur, tension, malaise, démence, semblent être les maîtres mots pour définir cette chose, ce « yéti musical » (clin d’œil à feu Lester Bangs qui conchia tout d’abord ce disque avant de l’encenser).

Petit quizz pour se mettre en jambe. Fun House est-il l’œuvre de :

1) 4 Psychotiques en crise ?
2) Du diable en personne ?
3) Singes savants sous acide dans des labos du Troisième Reich ?
4) D’ingénieurs du son voulant faire une blague de mauvais goût ?

Pas facile pour quelqu’un de normalement constitué de délibérer… En même temps il suffit de voir les 4 zigs se produire pour comprendre l’ampleur de la chose (cf. les rares extraits de « T.V. Eye » et « 1970 » dans les archives du festival télévisé de Cinncinati, filmés le 13 juin 1970). On peut y voir Iggy Pop sous acide (torse nu, des gants de soudeurs argentés aux mains, collier de chien au cou) qui éructe de rage avant de sortir de scène en marchant sur la foule dans une frénésie totale. Bref, le genre de choses que personne ne pourra revoir. Mais bon, c’est juste histoire de poser le cadre.
« Fun House » (la maison du rire), n’est pas seulement un terme anglo-saxon employé pour nommer une attraction « classique » propre à toute fête foraine qui se respecte, mais aussi le nom donné à l’appart’ qu’occupait le groupe à l’époque (pour l’anecdote). Un nid douillet qui manqua cruellement au groupe lors des sessions studio à L.A., la Cité des Anges, qui, selon les dires d’Iggy Pop n’était pas et n’a jamais été pour lui un lieu harmonieux.
En effet, on note dans l’inaudible et interminable « L.A Blues » (qui clôture l’album) une réelle impression de malaise. Ce titre, véritable maelstrom sonore, ponctué de hurlements inhumains et de saxophone free jazz hystérique, semble rappeler aux légions de hippies enfumés de la côte ouest le réel bad trip régnant à l’époque (Vietnam, désillusion, morosité des villes industrielles, ségrégation…). Ce blues « industrialo-psychédélique », éruption de guitare fuzz sur lit d’improvisations de batterie dantesques, achève d’un dernier coup de boutoir ce classique du rock, que l’on aime ou pas. Ah désolé, j’vois qu’on a commencé par la fin… Tant pis pour l’ordre !

« Down On The Street », le premier morceau attaque sans fioritures par un riff en échos métalliques : la section rythmique domine le jeu de manière implacable et hypnotique pendant qu’Iggy pose son chant lointain entrecoupé de petits cris d’aliénés. « Loose », le second morceau garde l’efficacité rythmique redoublée du premier, en plus dynamique. Ce riff, qui garde le principe de boucle propre au jeu du père Asheton, a vite fait de vous mettre en transe. La basse d’Alexander semble avoir de beaux jours devant elle : elle tient littéralement la baraque. On nage en plein psychédélisme, l’entrain d’Iggy en est la preuve.

On arrive rapidement à la première effusion : « Looooord!!!!!!!! ». « T.V Eye » éjacule un torrent de fuzz incontrôlé. Scott Asheton martèle ses fûts de plus belle, tandis que la basse ronfle en miroir avec la guitare. L’Iguane semble alors changer de peau : ses hurlements s’intensifient, sa voix prend soudainement une tessiture métallique. Ce morceau s’envole comme une montée d’acide jusqu’au break plombé qui semble clore le morceau avant de redémarrer pour mieux s’éteindre ensuite, effet « montagnes russes » garanti ; une véritable exhortation sexuelle.
Après toute montée, il y a fatalement une descente…

Eh ouais, avec « Dirt » la cassure est réelle. Ce morceau clôt l’orgasme en nous menant durant 7 longues minutes sur un sentier sinueux et glacé taillé par un riff de basse entêtant. Ce genre de riff qui vous pousse à la léthargie la plus totale. Ron Asheton, lui, semble serpenter à merveille au milieu de ce purgatoire. Il se laisse aller dans des petits phrasés surprenants et s’éclipse par moments derrière sa pédale wah-wah, résonnant de concert avec la formule rythmique un peu en décalage de son frangin. Iggy, lui est retombé. Il est à fleur de peau, fragile, torturé, comme une âme perdue. Sa voix se charge soudainement d’émotion, sa rage devient froide, désespérée, contenue. L’Iguane a abandonné son armure pour un moment, précédant dans le mal-être les gothiques les plus déprimés des années 80. Mais l’accalmie est brève…

« 1970 » en déversant son chaudron de métal en fusion relance aussitôt les hostilités : c’est le grand retour d’acide ! On prend les mêmes et on recommence (rythmique soutenue, fuzz + wah-wah à gogo, hurlements déchirés…), rien de nouveau, juste un appel pour une autre transition funk/free jazz en fin de morceau avec le premier solo de saxo de Steven McKay. Cette transition brutale laisse place au grand vertige de « Fun House » et son groove toxique. La rythmique est chaude, tribale, riche en syncopes de toutes sortes… On sent des relents de musique black à chaque instant. Iggy ne donne pas sa part aux chiens, en se laissant aller à des improvisations vocales impressionnantes. Ron Asheton pose sa bouillie sonore, laissant l’initiative au saxo de Steven McKay qui semble jouir de chaque note. Un grand moment ! Puis vient la redescente finale avec le très spécial « L.A Blues ». Mais bon, je ne vais pas me répéter, vous connaissez la fin de l’histoire.

Voilà… Ainsi s’achève l’histoire de Fun House et des joyeux Stooges. Une belle histoire, non ? Bon, pour la suite, ils n’eurent pas beaucoup d’enfants. Dave Alexander fut évincé peu de temps après à cause de ses problèmes toxicologiques, avant de mourir des suites d’une anorexie alcoolique… Ils sortirent leur 3e album, le très bon Raw Power, en 1973 sous la houlette de Mr David Bowie. Ce fut un échec commercial, et la fin du line-up originel (arrivée de James Williamson à la guitare, Scott Thurston aux claviers, et le pauvre Ron Asheton relégué à la basse). 1974, fut l’année qui sonna le glas des Stooges (cf. le live Metallic K.O.). Bref, Fun House reste pour moi une expérience unique, mise en scène par un groupe d’exception, de part son intensité, sa décadence, sa violence théâtrale.
Ca sent le mythe à plein nez ! Pour ma part, j’ai eu la chance de voir à deux reprises les Stooges en concert lors de leur récente reformation (Zénith de Paris en 2004, festival Musilac d’Aix-les-Bains en 2005), et ça vaut le détour ! Iggy Pop pète encore le feu, les frangins Asheton sont toujours aussi efficaces. Ils ont d’ailleurs sorti leur 4e album, The Weirdness, en 2007 ; « My Idea Of Fun », un des titres phare, montre que les Stooges, après plus de 30 ans de séparation ont encore de beaux restes. Longue vie !

Bibliographie

Psychotic Reactions et autres carburateurs flingués, de Lester Bangs (Tristram).
I Need More, autobiographie d’Iggy Pop (Motifs).
Iggy Pop, de Nicolas Ungemuth (Librio Musique).
Iggy Pop, Barcelona connection, de Eduardo Guillot (éditions La Mascara, collection Images du rock).
PUNK, de Colegrave et Sullivan (Seuil).

Liens internet

www.iggypop.com

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