JAMES CHANCE & LES CONTORSIONS – Le Sonic (Lyon) – 17 mars 2015

 

10411305_892873050756308_3633330930139555670_nDilemme du 17 mars… Descendre pintes sur pintes de Guinness en dansant la gigue sur les comptoirs poisseux des pubs irlandais de la ville ? Ou tortiller ses miches sur la musique démente de James Chance dans la salle la plus underground du coin en sifflant des demis de mauvaise bière ? Pour moi, pas d’hésitation possible, j’opte évidemment pour la légende no wave, et tant pis si la bière n’est pas bonne !

Quelle classe ! James Chance et ses « French Contorsions » investissent la scène du Sonic tous de costards noirs vêtus. Le mythique saxophoniste a, certes, pris un peu de bedaine avec le temps, mais sa bouille reste reconnaissable entre toutes, surmontée d’une banane grisonnante qui demeurera impeccable tout le concert durant. Sa voix et son énergie sont, quant à elles, restées intactes. Un timbre à faire pâlir les plus grands soulmen, des hurlements furieux à la James Brown (ce n’est pas pour rien qu’on le surnommait James White), Monsieur Chance force le respect par sa voix, sa présence et sa vitalité, esquissant à chaque déplacement des pas de danse frénétiques, et n’hésitant pas à descendre du plateau pour se mêler aux frétillements incontrôlés de la foule. Entre deux couplets, il s’empare de son sax, lui insuffle des sons feutrés et sensuels, ou lui titille les clés pour en sortir des couinements totalement free. Comme annoncé en début de concert, il fera quelques infidélités à son instrument de prédilection pour se lancer à l’assaut des touches d’un orgue dans une joyeuse cacophonie.

Aux côtés du charismatique leader, un guitariste, un bassiste et un batteur recrutés avec soin. Les doigts du guitariste se baladent sur les cordes en slide ou en saccades funky, et le musicien se révèle digne représentant de la mouvance no wave lorsqu’il torture son instru au tournevis et au bottleneck, lui tirant des gémissements insensés. Le son de la basse est délicieusement rond et percutant à la fois, les rythmiques groovy à souhait. Quant au jeu de batterie, il est à la fois précis, technique et syncopé.

Le set s’engage dans une veine résolument funk, parsemé de ballades aux accents soul très intenses (la version de King Heroin prend littéralement aux tripes), puis bascule progressivement dans un délire no wave. Le show semble se terminer par un Contort Yourself effréné, durant lequel Chance finit par fourrer son micro chant dans son saxo et fendre la foule jusqu’aux coulisses dans un solo totalement barré. Mais pas tout à fait rassasié de sa prestation, il revient rapidement sur scène pour conclure le concert en hurlant son interprétation obsédante et exaltée d’I Can’t Stand Myself.

Contrairement à ses collègues des mouvements no wave et punk, James Chance revendique sa virtuosité et ses exigences vis à vis de son groupe. Mais si les morceaux ne sont pas totalement déconstruits, la musique n’en reste pas moins dissonante et bruitiste (surtout au sax et à l’orgue) et l’esprit comme l’attitude sont ouvertement punk.

Même si ce soir, la plupart des gens semblent avoir choisi l’option Saint Patrick, les quelques personnes qui ont préféré se rendre au Sonic n’ont pas à regretter les beuveries celtiques de leurs camarades. Peu de monde sur la péniche, en effet, mais quelle putain d’ambiance ! Même accablée d’une grosse migraine qui, j’en étais convaincue, allait me contraindre à rester assise pour regarder le concert de loin, la musique a immédiatement pris possession de mon corps, l’a littéralement poussé devant la scène, le livrant à des danses incontrôlables. Un grand moment de magie ébouriffante !

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