Le CULTE IMPERIAL en Afrique Romaine du Ier au IIIeme siècle.

Le culte du souverain possède des origines fort anciennes dans les civilisations méditerranéennes. Les symboles les plus évocateurs de ce phénomène sont sans doute ceux des pharaons, puis des souverains ptolémaïques.
Entre le premier et le troisième siècle après Jésus Christ, l’empire romain était encore puissant, mais soumis à de constantes mutations dans tous les domaines, dont celui du religieux. Dans un empire devenu immense, le culte de l’ancien panthéon et de Jupiter, laissa peu à peu la place au culte de l’unificateur de cet empire, au culte de l’Empereur.
C’est un phénomène long et complexe qui prend ses racines dans les règnes de César et d’Auguste et qui trouva sûrement sont paroxysme sous les sévères avec Elagabal. Par cet homme venu d’orient on voit l’influence que purent prendre les provinces de l’empire sur la Grande Cité.
Il serait donc intéressant de voir comment se caractérisait le culte de l’empereur dans l’Afrique romaine. Une Afrique, symbolisant à la fois la romanisation et la résistance à une autorité parfois peu en rapport avec l’identité africaine. Comment ce caractérise le culte impérial dans ces contrées particulières ? Quelle fut l’influence de l’Afrique sur celui-ci ?
Dans un premier temps nous efforcerons de déterminer les bases du culte de l’empereur de façon générale. Ensuite nous pourrons examiner l’évolution et la diffusion de ce culte en Afrique.

I) LES BASES DU CULTE IMPERIAL

A) Prédominance du format classique : Le culte de l’Empereur après sa mort

Après sa mort un empereur devenait Divin ou Divus, un culte lui était alors rendu au même titre qu’un Dieu de la cité. C’est l’apothéose (consecratio ou relatio inter divos). Notons ici une interrogation sur les termes employés, les empereurs devenaient DIVUS et non DEUS … Ils devenaient donc des êtres divins, mais pas des dieux au sens complet, il atteignaient ce statut du fait qu’il était des héros de l’empire et étaient ainsi récompensé pour leur actes…
Le culte était confié à Rome à des confréries, des institutions se calquant sur les institutions religieuses habituelles. Après avoir reçu le rang de Divus, l’empereur recevait donc des honneurs, comme un temple ou lui était voué un culte desservi par des prêtres portant son nom. On les appelle les Flamines.
Les flamines (flamen) étaient des prêtres attachés spécialement au service d’une divinité. Les flamines portaient le nom de leur dieu, et avait pour office de leur sacrifier. Dans le cas du culte impérial s’institua donc des flamines impériaux… On note aussi la création de collèges religieux supplémentaire, appelé Sodales. Ainsi, on peut citer la confrérie des Sodales Augustales puis des sodales Antoniniani, créés à Rome pour célébrer le culte d’Antonin le Pieux, est chargé par la suite la de tous les divis de Marc-Aurèle à Caracalla.
Le Culte était en rapport avec l’empire, surtout pratiqué avec ferveur dans les provinces et Associé au culte de la déesse Rome. Il Symbolisait le dialogue et le loyalisme entre pouvoir centrale et province. En Afrique s’institua donc comme dans tout l’empire ce genre d’institutions.
L’empereur était rangé par les hommes dans les dieux du foyer, de la famille ou de celui de la patrie, c’était comme un héros fondateur. Il était le père de la patrie pour le peuple romain (Pater ou Parens Patriae), on l’associait au ancêtres pères fondateurs des villes, etc. ….

B) Importance de certaines notions comme l’Auctoritas :

On vouait un culte à l’Empereur mort pour certaines raisons. Il représentait certaines valeurs, certains idéaux romains du temps de son vivant. On note l’importance du devoir civique. L’empereur était un vecteur de cohésion sociale, il devait avoir de très bonne qualifications, humainement, politiquement et moralement pour dirigé l’empire…Il devait aussi être vertueux, vertus définis déjà du temps des grecs et dont les quatre principales étaient inscrites sur le bouclier des vertus (clipeus virtutis) offert à Auguste en 27 avant J.-C. par le Sénat et le peuple. Ce sont :

La Virtus qui est la valeur, notamment guerrière, dans laquelle se révèle les qualités viriles de l’homme public.
La Clementia qui commande d’épargner l’ennemi vaincu et invite à la modération dans les conflits civils
La Pietas qui consiste à s’acquitter avec assiduité et déférence de ses devoirs envers les dieux, sa famille et ses concitoyens.
La Justitia qui consiste à rendre à chacun son dû selon sa place dans le corps social.
Sur ses Notions reposait l’Auctoritas, c’est-à-dire le poids moral du prince sur laquelle reposait sa crédibilité et à partir de laquelle pus naître le culte impérial. L’Auctoritas était une vieille notion morale et religieuse ; tous les romains possédait un  » Numen « , une puissance intérieure qui permettait d’affirmer sa personnalité… Elle était supérieur pour certain, comme c’était le cas pour le prince et lui permettait de se lever par ses qualités à un niveau au dessus du citoyen Lambda ;

Ainsi on voie une respectabilité du prince de son vivant qui a peu être influé sur un culte du vivant de l’empereur …

C) le rôle de César et d’Auguste ou le culte du vivant de l’Empereur :
1) Le rôle de César :

Le culte impérial du vivant de l’Empereur commença avec l’apothéose de Jules César. Elle eut lieu de son vivant. César reçut le titre de divus, il devint le dieu père de la patrie. On assimila alors son culte a celui de Jupiter et il en récupéra les institutions religieuses (caractérisés par les Flamines déjà cités). Chose possible grâce à l’anthropomorphisme de la religion romaine, pour les romains, les dieux devaient être traités comme des hommes, c’était des êtres supérieurs … Inversement Il était donc facile de traiter les plus grand homme comme des dieux . Une fois mort, César resta un dieu et pris officiellement place parmi les divinités protectrices de Rome sous le nom de divus Julius.

2) Le rôle d’Auguste :

Auguste se prêta moins volontiers que César à l’apothéose immédiate même si il accepta définitivement celle de Jules césar. Il se limita a être Augustus, un statut semblable au génies des familles et cités. Il restaura la tradition religieuse et en créa une nouvelle. On différencia le flaminat du culte de César et de celui de Jupiter. L’empereur pris de l’importance dans la religion puisque il devint grand pontife.
Il refusa un flaminat sur sa propre personne de son vivant, mais peu a peu s’instaura quand même un culte non officiel dans l’empire. Ceci du au fait qu’il était quand même le fils de César et donc le fils d’un Dieu. De plus ses actes héroïques à la bataille d’Actium ou il poursuivit Antoine en orient eurent une influence du fait qu’en ses lieux lointain, on avait la tradition du culte du souverain, de mélangé pouvoir politique et puissance divine…
Auguste trouva une solution en associant son nom à celui de Rome. La personne divine devait se fondre dans l’idée de Rome et en renforcer l’éclat. Sous cette condition, il toléra la naissance d’un culte, des temples et un collège de prêtre en orient… Petit a petit on transposa cette organisation cultuelle dans les provinces occidentales ; dans chacune d’elle, un lieu fut choisit, un autel élevé et un prêtre de Rome et d’Auguste institué. Acceptation facilitée par le rôle politique de ses institutions, le sacrifice annuel permettait un rassemblement ou on répartissait l’Impôt, donnait les doléances au gouverneur et où l’on portait les vœux destinés à l’empereur. De plus son titre de Augustus, sa qualité de père de la patrie par l’intermédiaire de son culte mélangé à celui de Rome, de fondateur de colonies ou de patron de municipes pouvaient aisément le faire considérer comme le génie protecteur ou le héros fondateur des villes ou des fédérations municipales…
Insensiblement le phénomène va s’affirmer, Il n’était pas simplement associé à Jupiter, mais devient une nouvelle image de culte.
A coté de se culte officiel se développe d’autre culte, dans les provinces existèrent d’autre flaminat que le flaminat officiel de Rome et Auguste ; certains ne firent référence qu’a Auguste, il devint le seul héro fondateur de certains villes sans forcement de syncrétisme à un dieu ou à Rome.

3) Affirmation du culte du vivant de l’empereur, une lente évolution :

Après la mort d’auguste se posa un problème : que faire du flaminat de Rome et Auguste ?
L’empereur étant divinisé, on pouvait donc lui rendre un culte clair et officiel dans tout l’Empire… Mais cela voulait dire changer les différents types de flaminat mise en place durant sont règne. Les choses restèrent donc en l’état ; et le flou ainsi créer permit certaines évolutions particulières vers le culte de l’empereur de son vivant dans les provinces comme l’Afrique pour les souverains qui le précédèrent. Il y avait donc différentes possibilités pour le culte :

A Rome, le culte demeura toujours réservé aux empereurs morts et divinisés.
Dans les provinces, on associa officiellement le culte de Rome à celui des empereurs et il fut donc révéré de son vivant dans la pu tradition d’Auguste.
Dans les certaines villes, il se présente sous ces deux formes, et peut aussi s’adresser à l’empereur vivant adoré seul dans des régions comme l’afrique.
Les cas varient selon les lieux et il est difficile de faire un tableau clair…
Les choses évolueront, surtout dans les provinces ; Trajan fut présenté de son vivant comme adjoint de Jupiter, mais ne fut dieux officiellement qu’après sa mort…
L’empereur fut l’objet d’un double culte provincial et municipal, qui l’apparentait aux dieux. Au cours du siècle s’y ajouta le serment par le nom de l’Empereur, l’adoration de son genius, le feu porté devant le souverain, l’image impériale sacrée et dotée du droit d’asile comme les statues des dieux, la représentation avec la couronne radiée en tête. Tout ce qui touchait à l’empereur, choses et gens, fut sacer.
Le nombre d’institutions ne pouvant n’ont plus augmenter indéfiniment, les flamines vont peut a peu servir pour plusieurs Empereurs, et donc on eue le même flamine pour les Empereurs vivant et mort …
Les dynasties des Flaviens et des Antonins furent moins soucieuses de paraître divine ; on officialisa le flaminat impérial de façon clair, à Rome, dans les provinces et cités proches de l’empereur. Il ne pouvait être divinisé qu’assimilé à Rome ou une fois mort, on avait alors des flamines Divi ; La vision d’auguste fait donc lois a partir de Vespasien …
Pour les autres provinces et cités, ce furent des flamines Romae ou augusti, attribué à l’empereur régnant, mais unissant à son culte celui de tous les princes.

Peu a peu on accepta une religion plus abstraite. D’une part, on s’habitua à ne plus parler de Rome. Rome fut d’autant plus vite oubliée qu’on songeait moins à elle dans le culte ; si l’autel portait son nom, si le peuple romain recevait les voeux du prêtre, les sacrifices avaient lieu presque uniquement aux jours des anniversaires impériaux. Il serait donc intéressant de voir plus concrètement l’évolution du culte de l’empereur en Afrique.

II) L’EVOLUTION ET LA DIFFUSION DU CULTE IMPERIAL EN AFRIQUE

A) Différents mutations ; entre culte impérial de Rome et syncrétisme

La Forme de culte en Afrique pris la même évolution qu’en Egypte et dans l’Orient grecs…
Des épigraphies de Lepcis Magna montre le culte impérial du vivant d’Auguste, de même on note cela à Carthage.
Le culte se développa en parallèle du culte officiel muselé par Auguste ou Tibère. D’autre ville comme Thugga ou de nombreuses cités pérégrines, vouaient un culte à l’empereur de son vivant dès le début ; tous en ayant un syncrétisme avec les dieux locaux…
Mais ce fut surtout l’évolution des institutions par la suite qui obligea ce syncrétisme ; Les anciens dieux, ceux qui avaient des flamines, furent discrédités dès le IIIe siècle et les nouveaux dieu, durant toute la période n’étant pas romains, ne purent jamais avoir de flamine, comme Mithra, la Mère des Dieux, ou Isis qui s’imposèrent ainsi dans tout l’empire sans avoir de flamines…On assimila donc l’empereur à nombre de dieu masculin selon le particularisme de chaque lieux.
Il y eut donc d’autre institution non soutenue par Rome qui se développèrent et qui vouèrent un culte à l’empereur, sans aucun contrôle.
Le culte impérial était donc devenue la religion impériale officielle et officieuse …
Dans la propagande impérial des débuts, les empereurs faisaient eux même référence aux divinités principales du Panthéon (Jupiter, Junon, Minerve, Mars, Vénus) ou à des inclinaisons particulières Septime Sévère qui se recommandait d’Hercule et de Liber Pater (divinités tutélaires de Lepcis Magna, sa ville natale), ou Caracalla qui s’attachait aux dieux guérisseurs, Apollon ou Sérapis.

B) Le culte du soleil et de l’Empereur, ou le syncrétisme détourné

Par le culte du soleil, certains empereurs voulaient valider par la religion la consécration morale de leurs pouvoirs. On comparait déjà auguste au soleil avec Horace… Le soleil était associé à l’idée d’éternité grâce a l’apothéose.

1) Le rôle d’ Elagabal dans l’arrivée du culte a Rome, un semi échecs

Aussi appelé Varius Avitus Bassianus , Elagabal (205-222) naquit è Emèse , l’actuelle Homs en Syrie. Il fut empereur romain de 218 à 222 sous le nom de Marcus Aurelius Antoninus comme successeur de Septime sévère.
C’était à 13 ans un grand prêtre du dieu Élagabal ou Héliogabale avant de devenir empereur. Il faut préciser que La ville d’Émèse était un centre religieux consacré à un dieu appelé Élagabal. Ce nom possède des racines babylonienne El ou Al, le dieu suprême et gabal, la « montagne ». C’était donc le « Seigneur des hauteurs » et le qualificatif de « Sol Invictus » qui lui était attribué le désignait aussi comme dieu solaire. Le temple d’Émèse possédait une Bétyle noir (météorite) au lieu de la traditionnel statue du dieu. Un bétyle est une pierre dressée vers le ciel symbolisant l’idée de divinité.
Le bétyle d’Élagabal d’ Emèse (une météorite) fut rapporté à Rome par l’empereur Héliogabale qui était également son grand prêtre. Elle était revêtue d’un manteau de soie, sans aucune gravure de la divinité. Elle fut transférer à Rome à l’intérieur du palais impérial sur le Palatin, d’autres divinités lui furent associées pour former une triade : le Palladium, ancienne statue de Pallas Athéna fut transférée depuis le temple de Vesta sur le Forum Romanum, et la statue de Caelestis fut transférée depuis son temple de Carthage, en Afrique. On note donc l’importance que possédaient encore à l’époque les dieux africains et la réalité des syncrétismes. Puis on créa un nouveau temple, l’Elagabalium. Un autre sanctuaire secondaire, fut construit pour le Sol Invictus Elagabal au nord de la ville.
Les différentes sources dont nous disposons pour connaître les aspects du culte d’Elagabal à Rome montrent des influences multiples, romaines bien sûr, grecques, syriennes. L’empereur prêtre semble s’être livré dans le cadre de ce culte à la prostitution sacrée. Il a fait célébrer à Rome des jeux et des concours en l’honneur du dieu… Elagabal créa ses propres institutions, un collège de magistrats prêtres et associa le Sénat à ce culte qui devient religion officielle. Mais cette religion, même si elle eu un succès populaire, surtout en province n’eu pas de soutien réel des élites politiques de Rome, et les oppositions naquirent jusqu’au sein de la famille impérial. Elagabal fut assassiné à peine adulte, en 222 avec sa mère Julia Soaemias et remplacé par son cousin syrien Alexandre Sévère (222-235) qui remit en place le culte de Jupiter vengeur et du panthéon traditionnel.

2) Aurélien ou le réel instaurateur du culte de Sol Invictus

Cet empereur apparaît à la fin du IIIeme, en pleine crise, il est vainqueur de Zénobie et restaurateur de l’ordre. Il décida d’instaurer un culte commun à tout l’Empire afin de renforcer le lien commun entre les provinces et éradiquer les cultes et particularismes locaux. Il fallait un culte neutre, accepté par tous les peuples de l’empire, le culte solaire était le meilleur choix par sa valeur universaliste, il était aussi appeler le culte de Sol Invictus, le Soleil Invaincu dieu suprême de l’Empire. Ainsi renaissait de façon plus régulière et pérenne le culte instauré par Elagabal. Un temple fût édifié sur le Champ de Mars de Rome, le culte se substitua au culte impérial tombé en désuétude. Aurélien devint l’émanation de la divinité solaire, il était dieu sur terre, par droit de naissance. Le culte resta polythéiste toutefois. Mal accueilli par les conservateurs, la religion ne fut pas rejeté comme celle d’Elagabal, car elle possédait peu de point commun et était une construction politique élaboré, qui s’adressait aux militaires plutôt qu’au civils ; toujours vivace jusqu’à Constantin qui fit frapper sur les monnaies la légende  » Soli Invicto Comiti « ,  » Au Soleil Invaincu qui m’accompagne « .

Nous avons donc pu voir l’influence d’Auguste sur les bases du culte impérial et comment ce culte a évolué au cour du temps. L’évolution et la diffusion du culte impérial en Afrique romaine se traduit ainsi par un certains nombres de syncrétisme avec les dieux africains.
Deux phénomènes apparaissent, celui de l’influence du culte impérial ; de la puissance romaine sur l’Afrique, avec le développement d’une religion qui s’impose par rapport aux dieux locaux et qui montre l’importance de la romanisation. Il est aussi possible de discerner l’influence importante de l’Afrique sur le culte impériale au temps des Sévères. Il est alors important de souligner l’évolution vers un culte universaliste, plus en rapport avec son temps. Cela permet aussi de noter l’évolution d’un empire où Rome n’est plus toute puissante, mais où l’empire est une entité tout entière, une sorte de nation , bien loin de l’Empire de la cité Romaine. A travers le culte impérial se traduit une certaine unité de l’empire dans la croyance. C’est peut être dans son déclin que l’empire fut le plus unis… Il serait intéressant de voir si des permanences de se culte s’observèrent au moyen age, lors de la montée en puissance des souverains de droit divins et si cela traduit aussi une certaine unification du pays…